Galerie historique des acteurs, tome II, p
1PHIGÉNIE.
personnage de Tancrède . on ne peut donc s'étonner qu'il n'ait pas moins excellé dans celui d'Achille, héros et chevalier comme Tancrède. Le jeu brillant de le Kain n'est pas le seul souvenir qui reste de lui dans la tragédie d' Iphigénie. Ce grand acteur y introduisit le premier la vérité des costumes, dont il fut, avec Mlle Clairon, un ardent réformateur. Avant lui « on voyoit, dit Lemazurier1, Agamemnon, dans le camp des Grecs, enveloppé d'une espèce de baril à franges [sans doute un de ces tonnelets si longtemps à la mode sur notre scène dans les rôles guerriers ) , ôtant galamment son chapeau aux dames, et conduisant au bûcher sa fille Iphigénie en robe de cour. » Le déguisement d'Achille n'était pas moins bizarre. « Achille paraissait, suivant la Dixmerie2, en petit chapeau surmonté d'une aigrette blanche ; Achille avec des gants et des bas blancs3. » Ce héros de Y Iliade si bien ganté est tout à fait, ce nous semble, celui que M. Taine a vu dans Racine; aussi comprend-on que , maudissant les réformes de le Kain et de Talma, il redemande les anciens oripeaux, moitié grecs, moitié modernes de nos pères 4, afin que nous puissions retrouver, comme il le croit, les tragédies du siècle de Louis XIV dans leur vrai cadre. Nous serions, pour nous, loin d'admettre que les costumes ridiculement infidèles des anciens comédiens fussent en rapport exact avec les conceptions et avec la poésie de Racine. Mais nous sommes porté à croire que le changement de ces costumes, en habituant les spectateurs à se tenir en garde contre les anachronismes , fit beaucoup pour préparer une révolution du goût, qui ne devait pas s'arrêter à la partie tout extérieure et matérielle des représentations scéniques ; et peut-être contribua-t-il à nous ôter insensiblement l'illusion qui nous avait longtemps dissimulé chez les héros antiques de Racine « l'air et l'esprit français. »
Vers le temps dont nous parlons, une transformation des