‹ Œuvres; (volume 2)Chapitre 86 sur 493 · Métamorphoses , livre XII, vers · texte numérisé non relu

Métamorphoses , livre XII, vers

3. C'est Pausanias qui nous apprend que cette tradition était attestée par Stésichore. Voyez la note suivante.

4. Corinth., p. 125. (Note de Racine.) — Racine renvoie à l'édition in-folio de 161 3, imprimée à Hanau, avec la traduction latine de Romolo Amaseo, en regard du texte, Voici le passage du chapitre xxn des Corinthiaques de Pausanias, tel qu'il a été traduit par Clavier : « Les Dioscures prirent Aphidne , et ramenèrent Hélène à Lacédémone. Elle était enceinte, à ce que disent les Argiens ; et ayant fait ses couches à Argos, .... elle confia la fille qu'elle avait mise au jour à Clytemnestre, qui était déjà mariée à Agamemnon, et elle épousa dans la suite Ménélas. Les poètes Euphorion de Chalcis et Alexandre de Pleuron, d'accord en ce point avec les Argiens, disent, comme Stésichore d'Himère l'avait écrit avant eux, qu'Iphigénie était fille de Thésée. »

IPHIGÉNIE

noms des poètes qui ont été de ce sentiment. Et il ajoute que c'étoit la créance commune de tout le pays d'Argos.

Homère enfin , le père des poètes , a si peu prétendu qu'Iphigénie, fille d' Agamemnon, eût été ou sacrifiée en Aulide, ou transportée dans la Scythie, que, dans le neuvième livre de Y Iliade1, c'est-à-dire près de dix ans depuis l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à Achille sa fille Iphigénie , qu'il a 9 dit-il , laissée à Mycène , dans sa maison.

J'ai rapporté tous ces avis si différents , et surtout le passage de Pausanias, parce que c'est à cet auteur que je dois l'heureux personnage d'Eriphile2, sans lequel je n'aurois jamais osé entreprendre cette tragédie. Quelle apparence que j'eusse souillé la scène par le meurtre horrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il falloit représenter Iphigénie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours d'une déesse et d'une machine , et par une métamorphose , qui pouvoit bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui seroit trop absurde et trop incroyable parmi nous ?

Je puis dire donc que j 'ai été très-heureux de trouver dans les anciens cette autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui tombant dans le malheur où cette amante jalouse vouloit précipiter sa rivale , mérite en quelque façon d'être punie , sans être pourtant tout à fait indigne de compassion. Ainsi le

1. Vers 141-147. Dans cet endroit de Y Iliade, Agamemnon dit qu'il a dans sa maison trois filles, Chrysothémis, Laodice, et Iphianasse, et qu'Achille pourra emmener dans la demeure de Pélée celle des trois qu'il choisira.

2. Ce que Racine doit à Pausanias, c'est le personnage d'une fille de Thésée et d'Hélène. Quant au nom à'Ériphile (mieux Ériphjle) choisi par Racine, il ne l'a pas forgé; c'est un nom ancien qui se trouve dans Homère et dans Pindare, et que ces poètes donnent à la femme d'Amphiaraùs.

PRÉFACE. 141

dénouement de la pièce est tiré du fond même de la pièce. Et il ne faut que l1 avoir vu représenter pour comprendre quel plaisir j'ai fait au spectateur, et en sauvant à la fin une princesse vertueuse pour qui il s'est si fort intéressé dans le cours 1 de la tragédie , et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu il n'auroit pu souffrir, parce qu'il ne le sauroit jamais croire 2.

Le voyage d'Achille à Lesbos, dont ce héros se rend maître, et d'où il enlève Eriphile avant que de venir en Aulide , n'est pas non plus sans fondement. Euphorion de Chalcide 8, poëte très-connu parmi les anciens, et dont Virgile* et Quintilien* font une mention honorable, parloit de ce voyage de Lesbos6. Il disoit dans un de ses poëmes , au rapport de Parthénius 7 , qu'Achille avoit fait

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