Var. (édit. de 1675) : dans tout le cours
2. Racine fait allusion au vers 188 de Y Art poétique d'Horace :
Quodcumque ostendis mihi sic, incredulus odi.
3. De Chalcide, ou, comme nous disons plutôt aujourd'hui, de Chalcis, ville d'Eubée.
4. Eglog., X. {Note de Racine.) — Virgile dit aux vers 5o et 5i :
.... Chalcidico quœ sunt mihi condita versu Carmina.
5. Instit., lib. X. {Note de Racine.) — Il y est dit au chapitre r, § 56 : « Euphorionem transibimus ? quem nisi probasset Virgilius, « idem nunquam certe conditorum chalcidico versu carminum fecisset « in Bucolicis mentionem. »
6. On s'est étonné que Racine n'ait pas cité sur la conquête de Lesbos un témoignage plus important que celui du poëte Euphorion, celui d'Homère lui-même au IXe livre de Y Iliade, vers 271, ou Ulysse, parlant de sept femmes lesbiennes qu'Agamemnon propose de donner à Achille, rappelle à celui-ci la conquête qu'il fit autrefois de cette île :
.... ^Ote Àla6ov iû/tTi[jiv7]V Tkzc, ai>i6ç. Mais la citation d'Euphorion , d'après Parthénius , lui donnait en même temps « la princesse éprise d'amour pour Achille, s Voyez la note suivante.
7. Voyez le xxie chapitre du livre de Parthénius de Nicée, inti-
IPHIGÉNIE
la conquête de cette île avant que de joindre l'armée des Grecs , et qu'il y avoit même trouvé une princesse qui s'étoit éprise d'amour pour lui.
Voilà les principales choses en quoi je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions, je me suis attaché à le suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre des endroits qui ont été les plus approuvés dans ma tragédie. Et je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces approbations m'ont confirmé dans l'estime et dans la vénération que j'ai toujours eu1 pour les ouvrages qui nous restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par l'effet qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité ou d'Homère ou d'Euripide , que le bon sens et la raison étoient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Paris s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. Mes
tulé : Ilspt iptorixwv 7ra67]p.axtov. C'est le seul ouvrage que nous ayons de cet écrivain, qui vivait au temps de la guerre de Mithridate. Voici le petit récit que fait Partliénius, et qu'il appuie de l'autorité des vers d'Euphorion : « Achille, dans son expédition contre Lesbos, assiégeoit la ville de Méthymne, qui lui opposoit une grande résistance. Pisidice, fille du Roi, s'éprit d'amour pour le héros, qu'elle avoit vu du haut des murailles. Elle envoya quelqu'un vers lui, pour lui promettre de lui livrer la ville, s'il s'engageoit à la prendre pour épouse. Achille accepta la proposition ; mais, une fois maître de la ville, il ordonna à ses soldats de lapider celle qui avoit trahi son pays. » Cette histoire diffère plus de celle d'Eriphile que ne pourrait le donner à croire l'allusion qu'y fait ici Racine.
i. Dans toutes les éditions imprimées du vivant de Racine, on lit eu, sans accord. Bouhours, dans ses Remarques nouvelles sur la langue françoise (édition de 1676, p. 5ai), cite ce passage de la préface d'Iphigénie parmi les exemples dont il appuie, en l'étendant à un participe accompagné Savoir, la règle suivante, alors observée, selon lui, par nos bons auteurs: <r Le participe du verbe être (c'est-à-dire, le participe d'un verbe réfléchi, construit avec V auxiliaire être) redevient indéclinable au milieu d'un sens, pour empêcher la prononciation de languir et de traîner trop. »
PRÉFACE
spectateurs ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois en larmes le plus savant peuple de la Grèce , et qui ont fait dire qu'entre les poètes, Euripide étoit extrêmement tragique1 , TpaYtxuyraxoç, c'est-à-dire qu'il savoit merveilleusement exciter la compassion et la terreur, qui sont les véritables effets de la tragédie.
Je m'étonne , après cela , que des modernes aient témoigné depuis peu tant de dégoût pour ce grand poëte , dans le jugement qu'ils ont fait de son Alceste1 . Il ne s'agit point ici de XAlceste. Mais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire , et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces Messieurs. Je m'assure qu'il n'est si
1 . Ou plutôt le plus tragique ; car il paraît bien que c'est là le sens du passage d'Aristote (Poétique, chapitre xin) que Racine avait en vue.
2. Ce jugement que des modernes ont fait de YAlceste d'Euripide est celui de Pierre Perrault (voyez ci-dessus la Notice, p. 119, note 1) dans le petit dialogue où il compare cette tragédie grecque à l'opéra ftAlceste que venait de donner Quinault. Le titre du dialogue est : Critique de V opéra, ou Examen de la tragédie intitulée Alceste ou le Triomphe d'Alcide. Il fut inséré dans le Recueil de divers ouvrages en prose et en vers, dédié (par le Laboureur) a Son Altesse Monseigneur le Prince de Conti, 1 vol. in-4°, M.DC.LXXV(p. 269-310). Quand Racine écrivit sa préface, ce livre venait d'être publié ; car l'Achevé d'imprimer est du 2 janvier 1675. — Voltaire (Dictionnaire philosophique, Anciens et modernes, tome XXVI des OEuvres, p. 35 1) a fait sur ce passage delà préface de Racine une petite dissertation qu'il intitule:
• « De l'injustice et de la mauvaise foi de Racine dans la dispute contre Perrault au sujet d'Euripide. » L'injustice est uniquement du côté de Voltaire. Croyait-il que, pour démontrer la mauvaise foi de Racine, il suffisait de citer quelques passages de la tragédie à? Alceste, et d'oser dire « qu'ils ne seraient pas soufferts chez nous à la foire ?» La supériorité de Racine sur Euripide lui semblait si évidente, qu'il ne s'expliquait les louanges données au poëte grec par le poëte français que par le désir u d'humilier Perrault. » La moindre de ses erreurs, dans cette étrange querelle qu'il cherchait à Racine, par trop de zèle pour sa gloire, est d'avoir confondu Pierre Perrault avec l'auteur des Parallèles.
IPHIGÉNIE
mal dans leur esprit que parce qu'ils n'ont pas bien lu l'ouvrage sur lequel ils l'ont condamné. J'ai choisi la plus importante de leurs objections , pour leur montrer que j'ai raison de parler ainsi. Je dis la plus importante de leurs objections. Car ils la répètent à chaque page, et ils ne soupçonnent pas seulement que l'on y puisse répliquer.
Il y a dans Y Alceste d'Euripide une scène merveilleuse , où Alceste , qui se meurt et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers adieux. Admète, tout en larmes , la prie de reprendre ses forces , et de ne se point abandonner elle-même. Alceste, qui a l'image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi :
Je vois déjà la rame et la barque fatale. J'entends le vieux nocher sur la rive infernale. Impatient, il crie : « On t'attend ici-bas ; Tout est prêt, descends, viens, ne me retarde pas 1 . »
J'aurois souhaité de pouvoir exprimer dans ces vers les grâces qu'ils ont dans l'original. Mais au moins en voilà le sens. Voici comme ces Messieurs les ont entendus. Il leur est tombé entre les mains une malheureuse édition d'Euripide, où l'imprimeur a oublié de mettre dans le latin à côté de ces vers un AL , qui signifie que c'est Alceste qui parle; et à côté des vers suivants un Ad., qui signifie que c'est Admète qui répond. Là-dessus, il leur est venu dans l'esprit la plus étrange pensée du monde. Ils ont mis dans la bouche d' Admète les paroles qu' Alceste dit à Admète , et celles qu'elle se fait dire par Charon. Ainsi ils supposent qu' Admète, quoiqu'il
i. Voici les vers 262-266 de l' Alceste, que Racine a traduits :
'OpÔJ, SÎXCOTCOV Ôpôj GYÀyOÇ 8V Xf^VOC.
Ney.uwv SI 7îop0jxeuç, "E^iov )(sp' bà xovTÎo M^Sr) xaXet- « TÉ jiaXetç; 'Eftetyou' au xaT£ipY£tç. »
PRÉFACE
soit en parfaite santé, pense voir déjà Charon qui le vient prendre. Et au lieu que dans ce passage d'Euripide, Charon impatient presse Alceste de le venir trouver, selon ces messieurs c'est Admète effrayé qui est Fimpatient, et qui presse Alceste d'expirer, de peur que Charon ne le prenne. Il V exhorte, ce sont leurs termes, à avoir courage , à ne pas faire une lâcheté, et à mourir de bonne grâce; il interrompt les adieux d? Alceste pour lui dire de se dé pécher de mourir *. Peu s'en faut, à les entendre , qu'il ne la fasse mourir lui-même. Ce sentiment leur a paru fort vilain*. Et ils ont raison. Il n'y a personne qui n'en fût très-scandalisé. Mais comment l'ont-ils pu attribuer à Euripide? En vérité , quand toutes les autres éditions où cet AL n'a point été oublié ne donneroient pas un démenti au malheureux imprimeur qui les a trompés , la suite de ces quatre vers , et tous les discours qu'Admète tient dans la même scène , étoient plus que suffisants pour les empêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable. Car Admète , bien éloigné de presser Alceste de mourir, s'écrie: « Que toutes les morts ensemble lui seroient moins cruelles que de la voir en l'état où il la voit. Il la conjure de l'en-
1 . Nous ne trouvons pas textuellement ces paroles dans la Critique de Perrault, mais quelques phrases dont le sens est le même. On y lit (p. 274) : « Admète, voyant qu'elle s'attendrit, l'exhorte à avoir courage et à ne pas faire une lâcheté; il lui représente qu'il s'en va mourir et que Caron le va prendre, si elle ne se hâte; » et un peu plus loin (p. 288) : « Est-ce une chose d'un bel exemple de voir Admète qui interrompt Alceste, lorsqu'elle lui dit les derniers adieux, pour lui dire qu'elle se hâte de mourir; parce qu'il voit, ditil, la Parque qui le va prendre, si elle rie se hâte de faire son devoir? »
2. « Comme il falloit de nécessité que notre auteur (Quinault), s'il eût fait celte scène, eût aussi fait consentir Admète à la mort de sa femme, qui est une très-vilaine action, je trouve qu'il n'est point blâmable d'avoir supprimé cette scène. » (Critique de l'opéra, p. ^88.)
J. Racine, iii 10
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traîner avec elle. Il ne peut plus vivre si elle meurt. Il vit en elle. Il ne respire que pour elle 4. »
Ils ne sont pas plus heureux dans les autres objections. Ils disent , par exemple , qu'Euripide a tait deux époux surannés d'Admète et d' Alceste ; que l'un est un vieux mari, et l'autre une princesse déjà sur F âge1. Euripide a pris soin de leur répondre en un seul vers , où il fait dire par le chœur « qu' Alceste , toute jeune , et dans la première fleur de son âge, expire pour son jeune époux 3 . »
Ils reprochent encore à Alceste qu'elle a deux grands enfants à marier. Gomment n'ont-ils point lu le contraire en cent endroits , et surtout dans ce beau récit où l'on dépeint « Alceste mourante au milieu de ses deux petits enfants, qui la tirent, en pleurant, par la robe, et quelle prend sur ses bras Fun après l'autre pour les baiser4? »
1. 01' [xoi ! x68' Iffoç Xu7rpbv dcxouco, Kai 7tavxbç l[j.o\ 0avaxou fxeîTov.
Mt), 7rp6ç ae Gewv, xXîJç (xs zpo8ouvat....
Sou yocp cp8i[iiv7]ç, où-/. IV av êI'tjv •
'Ev ao\ 8' iafxlv xa\ Çîjv, xai [x^. (Vers 285-291.)
Et un peu plus loin :
"Ayou [jls auv ao\, ?:pbç 6ewv, àyou xàxw ! (Vers 395.)
2. « Je crois bien qu'en Grèce on pouvoit prendre plaisir à voir une princesse déjà sur l'âge et ayant des enfants à marier, qui pleure sur son lit le souvenir de sa virginité — Car les mœurs de ce tempslà le pouvoient permettre; mais je suis assuré que cela n'est point du tout au goût de notre siècle , qui étant accoutumé à ne voir sur le théâtre que des amants jeunes , galants et qui ne sont point mariés, auroit eu bien du mépris pour les tendresses de cette épouse surannée. » (Critique de V opéra, p. 286.)