‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 2 sur 394 · Ibidem^ n · texte numérisé non relu

Ibidem^ n

comme lui qu'elles méritaient de ne pas être condamnées à l'oubli : on lui a certainement su gré de les avoir recueillies; mais il est regrettable qu'il ait laissé, dans sa transcription, se glisser un certain nombre d'erreurs qu'une lecture plus attentive des manuscrits lui aurait fait éviter.

Racine a lui-même daté ses Remarques sur les Olympiques et ses Remarques sur l'Odyssée^ les secondes du mois et de l'année* (avril 1662), les premières du jour et du mois seulement (i^r mars); mais il est difficile de mettre en doute que celles-ci soient pareillement de 1662. Les deux cabiers se ressemblent beaucoup; tous deux, nous l'avons dit, sont de format in-8°, et reliés dans un cartonnage vert. On trouve, il est vrai, quelques différences dans les marques du papier; mais l'écriture est bien du même temps, et le travail est du même genre. On peut remarquer aussi que Racine compare quelques traits de la description des Cliamps Elysées dans Homère et dans Pindare ; et ce rapprocbement, il le fait deux fois, en commentant le quatrième livre de VOdjssée^ comme en commentant la seconde Olympique : cela ne peut-il au moins confirmer l'opinion qu'il étudiait les deux poètes dans le même temps?

Ce temps était celui où il se trouvait à Uzès, et où il ne laissait guère entrevoir dans ses lettres à ses jeunes amis qu'il fît de ses loisirs un emploi si studieux. Mais nous avons déjà, nous appuyant tout au moins sur de grandes vraisemblances, rencontré d'autres traces des travaux sérieux qui l'occupaient à cette époque'-^. Que la jeunesse de Racine ait été nourrie des plus fortes études, n'est-ce pas depuis longtemps comme un lieu commun? Ce qu'on répète à ce sujet demeure toutefois un peu vague, quand on ne l'appuie pas sur des preuves. Nous en avons de très-certaines ici, comme dans quelques-uns des livres annotés, dont la date connue est plus ancienne encore ; elles sont telles que, de nos jours, les jeunes gens du même âge les plus chargés de couronnes scolaires pourraient bien se croire ignorants, s'ils venaient à se comparer à cet élève de Port-Royal. A ce point de vue, et comme témoignages de la connaissance étendue, et voisine de l'érudition, que Racine eut de bonne heure de l'antiquité, ces notes de jeunesse sont assez dignes d'attention pour qu'on n'accuse pas d'un soin trop minutieux les éditeurs qui les ont recueillies. Nous allons avoir à dire jusqu'à quel point on peut leur reconnaître un autre prix ; et nous verrons s'd n'y a pas là une distinction à faire entre les deux études que nous croyons l'une comme l'autre du temps d'Uzès.

r. Pour les Remarques sur le livre V, il a même marqué le jour (19 avril). 2. Voyez notre tome V, p. 444.

NOTICE

Admettant qu'elles sont en effet de la même anne'e, nous avons dû placer celle qui est du mois de mars avant celle qui est du mois d'avril, et par conséquent commencer par les Remarques sur les Olympiques.

Racine a été poëte lyrique dès qu'il a tenté de l'être; et il ne lui a manqué, ce semble, que de le tenter plus tôt et plus souvent pour mériter la même gloire dans l'ode que dans la tragédie. Ces seuls mots : " Racine commentant Pindare, « donnent donc tout d'abord une grande idée, que ne remplit assurément pas la lecture de ses Remarques, Reconnaissons qu'en général, et sans faire d'exception pour aucun des autres travaux analogues de notre poëte, sous quelque forme qu'ils nous aient été conservés, il s'est contenté, dans ses études sur les auteurs qu'il commentait, d'attention, d'exactitude et de bon sens, et n'a point eu de hautes visées. Les habitudes de critique modeste dans lesquelles il s'est toujours renfermé ont, chez un si grand esprit, quelque chose qui ne déplaît pas. Nous ne dirons pas cependant qu'il n'j ait là rien à regretter, et nous ne voudrions pas nier le désappointement où l'on tombe, lorsqu'au lieu d'un vif sentiment des beautés poétiques de Pindare, on ne trouve sous une telle plume que des explications littérales, et des traductions des vieux comnaentaires. Est-ce donc que ces odes admirables n'auraient pas dit à Racine autre chose que ce qu'elles disaient à de froids scoliastes? Heureusement une explication moins invraisemblable s'offre sans peine. Lorsque Racine a annoté les auteurs anciens , il n'a écrit que ce qui lui était utile à lui-même , soit pour se rendre maître de leur texte, soit pour graver dans sa mémoire les principaux traits ou le dessein général de leurs ouvrages; mais comment se pourrait-il que sous ce commentaire si prosaïquement consciencieux, son génie de poëte n'en eût pas en même temps et tacitement fait un autre qui sans doute le transportait d'enthousiasme, et éveillait en lui toutes les puissances de la Muse? Ce commentaire-là, il ne nous l'a donné que dans ses poésies, toutes nourries du miel qu'il avait dérobé à l'antiquité. Là se retrouvera plus tard cet éclat, qu'on cherche en vain dans ses Remarques : après la fumée viendra la flamme. Car nous pouvons appliquer à Racine les vers d'Horace qu'il cite lui-même à la première page de ses Remarques sur VOdjssée :

.... Ex fumo dure lucem Cogitaty ut speciosa dehinc miracula promut^.

Voilà le lecteur assez averti de ce que sont les Remarques sur Pin- I. Art poétique, vers i43 et 144,

(lare : uniquement une preuve de solide instruction chez un jeune liomme destiné à devenir un grand poëte. C'est dans ce sens qu'il faut tacher de se rendre compte de son travail.

Racine a commenté les quatorze Olympiques. Cette étude atteste beaucoup de connaissance de la langue grecque. Il ne serait sans doute pas difficile, aujourd'hui que bien des obscurités de Pindare ont été éclaircies, de relever chez son jeune commentateur des explications erronées de plus d'un passage. Cependant son intelligence d'un texte si diflicile est remarquable , surtout quand on tient compte du peu de secours qu'il avait à sa disposition. Si celui d'une traduction latine a pu quelquefois ne lui être pas inutile, il est aisé de voir que le plus souvent il savait s'en passer. Il a plutôt consulté les scolies, qu'évidemment il hsaitavec facilité, et dont à chaque page de ses Remarques il expose les différentes interprétations. Allons audevant d'un doute qu'on pourrait élever. Il s'est conservé un exemplaire de l'édition de Pindare publiée à Saumur, en 1620, par Benoît (i volume in-4°)i qui porte la signature de Racine, et dont les marges sont chargées de notes de sa main, se rapportant non-seulement aux Olympiques., mais aussi à plusieurs autres odes du lyrique grec; nous donnerons ci-après les notes de ce volume. L'édition de Benoît, outre sa paraphrase latine, a un commentaire dans la même langue. Racine se serait-il aidé de ce commentaire, dans ses Remarques.^ au lieu de s'adresser directement aux scoliastes ? On se tromperait en le supposant. Benoît a fait quelques emprunts aux vieilles scolies; mais Racine en a fait de bien plus nombreux , que par conséquent il n'a point puisés là. Au surplus, après quelque examen , il nous a paru certain que Racine, lorsqu'il écrivait les Remarques sur les Olympiques^ne connaissait pas encore l'édition de 1620, qui lui eût permis de rectifier plus d'une erreur ; nous allons dire celle qu'il avait alors sous les yeux.

Parmi les éditions qui donnent les scolies, on en compte plusieurs antérieures à 1662; il semble donc qu'on pourrait hésiter entre elles. Mais le texte des vers transcrits par Racine dans son cahier est décisif. Nous avons comparé ce texte avec ceux qu'ont publiés Calliergi à Rome en i5i5, et Brubach à Francfort en 1642, tous deux contenant les scolies. Sans entrer dans des détails qu'on jugerait ICI hors de leur place, nous dirons qu'en plusieurs passages ces textes diffèrent assez de celui qu'a suiviRacine, pour qu'on n'attribue pas seulement ces différences à quelques erreurs de transcription. Il n'en est pas de même du texte publié en un volume in-40 par Paul Estienne; nous ne parlons pas de celui de 161 2, mais de celui de 1699. Jusque dans ses particularités les plus notables, il est d'accord avec le texte du manuscrit de Racine : d'où l'on peut con-

NOTICE

dure avec certitude qu'il est celui dont notre auteur s'est servi pour son travail. L'édition dont nous parlons a pour titre : IIinaapoy OAYMniA, ïlreiA, Nemea, beiviiA, [xaià i^rjyr^astoç TcaXaiàç Travu oxpsXfjJLOu,

7.oà aj(^oXfcov ôjJLofwv Adjuncta est interpretatio latina ad verbum.

Anno M,D.XCIX. Nous avertissons ceux qui voudraient faire comme nous la comparaison des deux textes, que pour celui du manuscrit de Racine, il faut se servir de notre édition, qui y est conforme, et non de celle de M. Aimé-Martin, qui a trouvé bon, comme nous nous en sommes assuré, de suivre l'édition de Schmid (in-40, Wittenberg, 16 16), ou quelque réimpression de cette même édition.

Les Remarques sur les dix premiers livres de V Odyssée ont plus d'étendue que les Remarques sur les Olympiques . Le commentaire y est surtout moins sèchement explicatif, et répond davantage à ce qu'on doit attendre de Racine, qui y a trouvé plus d'occasions de montrer son goût déjà très-sûr, la délicatesse et la finesse de son esprit : soit qu'un texte plus facile le laissât plus libre d'apprécier les beautés du poëte, au lieu de se renfermer dans l'explication du sens, soit qu'il eût une prédilection particulière pour cet antique récit, abondante et profonde source du roman et du poëme dramatique, et où tout lui paraissait, comme il le dit, « admirable et divertissant. » L'auteur des Remarques sur l'Odyssée ne fût-il pas connu, on lirait encore avec plaisir cette fidèle et vive analyse, tant d'excellentes observations littéraires, tant de saines réflexions morales, dont la naïveté d'expression a ici un charme particulier, parce qu'elle met le commentateur tout à fait en harmonie avec son poëte. C'est dans un tel esprit qu'il faudrait toujours pouvoir traduire V Odyssée ou en parler. Ces Remarques sont aussi fort curieuses par les nombreux rapprochements que Racine y a faits de vers d'Homère avec des passages d'auteurs très-divers : ils attestent combien sa mémoire était facile , son instruction déjà étendue , ses lectures et ses études variées. En tête de la première page du manuscrit, on lit cette note de Louis Racine : « On voit que mon père, dans sa jeunesse, étoit tout plein d'Héliodore, qu'il cite souvent. » Plusieurs passages d'Homère, en effet, le lui rappellent si à propos qu'on en croit plus volontiers la tradition, qui veut qu'il l'ait su par cœur. Il paraît encore qu'il avait beaucoup lu VArgenis de Barclay. C'étaient là ses amusements ; mais ses Remarques le montrent en même temps très-versé dans les grands auteurs de l'antiquité, et Louis Racine aurait pu constater aussi ses nombreuses citations de Virgile, d'Horace, de Pline, de Cicéron. Un peu plus bas, dans la même page, il ajoute : « Quand mon père a écrit ces Remarques., en 1662, il avoit vingt-deux ans; il étoit à Uzez, — Comme le nom de Télémaque n'étoit pas alors si connu qu'aujourd'hui, il écrit tou-

jours Telcmachiis^ au Heu qu'il écrit Pisistrate ; mais il écrit Menelaûs^ Pénélope. » Pour être entièrement exact, il faut dire que Racine n'est pas toujours d'accord avec lui-même, et que son manuscrit, à côté de Telemachus ^ donne quelquefois TéUmaque. Nous avons partout laissé les noms tels qu'il les a écrits, sans corriger les variations.

Parmi les anciennes éditions du texte grec de VOdy&sée^ il nous a paru assez difficile, et peut-être n'est-il pas très-nécessaire, d'indiquer celle dont Racine a fait usage pour ce travail. C'est une de celles où l'on trouve une version latine; car il parle quelque part de cette version. Nous avons particulièrement remarqué le texte de l'édition in-i6 donnée par Jean Crespin (e typograpJda Joannis Crïspîni Atrebatii^ 1^67), comme presque partout conforme à celui qui est cité dans les Remarques . S'il y a quelques différences, elles sont très-légères, et de telle nature qu'on peut les attribuer à des inadvertances de Racine.

On trouvera plus loin des notes que Racine a écrites sur les marges d'un exemplaire de Vlliade. Moins développées que ses Remarques sur r Odyssée^ elles nous ont cependant paru offrir aussi un assez grand intérêt.

REMARQUES

i^'' mars [i66î

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