‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 239 sur 394 · La Nymphe de la Seine : voyez la note i · texte numérisé non relu

La Nymphe de la Seine : voyez la note i

LETTRES

vous en ferois présentement une autre copie, pour vous l'envoyer dès demain. Mais il est 10 heures du soir, et j'ai reçu votre billet à 8. D'ailleurs, je crains furieusement le chagrin où vous met votre maladie, et qui vous rendroit peut-être assez difficile pour ne rien trouver de bon dans mon ode. Cela m'embarrasseroit trop; et Tautorité que vous avez sur moi pourroit produire en cette rencontre un aussi mauvais effet, qu'elle en produit de bons en toutes les autres. Néanmoins, comme il y a espérance que cette maladie ne durera pas, je prierai M. Houy®, dès demain, d'en faire une copie, ou j'en ferai une moi-même pour vous l'envoyer. Ce qui est encore à craindre, c'est que vos notes ne reviennent tard : ce qui arrivera sans doute si elles sont dans le chemin autant que votre billet, lequel est daté du jeudi et ne m'a été donné qu'aujourd'hui au soir. Je vous en veux toujours envoyer par avance une stance et demie. Ce n'est pas que je les croie les plus belles, mais c'est qu'elles sont les dernières ou au moins les pénultièmes, et qu'elles sont sur l'entrée. Les voici :

Qu'il vous faisoit beau voir, en ce superbe jour Oii, sur un char conduit par la Paix et l'Amour, Votre illustre beauté triompha sur mes rives! Les Discords après vous se voy oient enchaîne's.

Mais, hélas! que d'âmes captives Virent aussi leurs cœurs en triomphe menés!

Tout l'or dont se vante le Tage,

Tout ce que l'Inde sur ses bords

Vit jamais briller de trésors,

Sembloit être sur mon rivage.

Qu'étoit-ce toutefois de ce grand appareil, Dès qu'on jetoit les yeux sur l'éclat nompareil

g. Nous ne connaissons pas d'ailleurs ce personnage, qui paraitrait avoir eu quelque emploi dans la maison du duc de Luynes.

LETTRES

Dont vos seules beautés vous avoient entourée?

Te sais bien que Junon parut moins belle aux Dieux,

Et moins digne d'être adorée, Lorsqu en nouvelle reine elle entra dans les cieux*^,

I Si vous recevez celle-ci avant que de recevoir toutes les autres, vous m'obligerez toujours de m'en écrire votre sentiment. Peut-être en trouverez-vous qui ne vous paroîtront pas moins belles. Cependant il y en a dix toutes entières que vous n'avez pas vues, et c'est de quoi je suis fort marri. Je prierois Dieu volontiers qu'il vous ôtàt vos frissons, mais qu'il vous envoyât des affaires en leur place. Vous n'y perdriez pas peut-être, et j'y gaignerois.

Je ne sais si vous aurez eu connoissance en votre solitude de quelques lettres qui font un étrange bruit. C'est de M. le C^* de R. Je les ai vues, mais c'étoit en des mains dont je ne pouvois pas les tirer. Jamais

10. Voyez dans notre tome IV, la note 3 de la page 6i, et la note I de la page 6?..

11. Le cardinal de Retz. — Après avoir inutilement écrit, au commencement de i66o, une lettre au Roi, pour le supplier de rendre la paix au diocèse de Paris, le cardinal de Retz écrivit deux

I autres lettres, qu'il adressa à ses grands vicaires, et dans lesquelles j il leur ordonnait « de ne résoudre rien de considérable sans ses [ sentiments et sans ses ordres. » II leur annonçait une lettre circu- I laire « à tous les évêques, prêtres et enfants de l'Eglise. » Cette '■ lettre circulaire, datée du 24 avril 1660, a été imprimée; elle a 49 pages in-8^. On y entrevoit la menace d'un interdit lancé sur le diocèse de Paris. Dans une ordonnance du Roi, affichée le 7 mars 166 1, où tous ceux qui ont intelligence et tiennent correspondance avec l'Archevêque sont menacés de confiscation de corps et de biens ^ il est j dit que Sa Majesté est « bien informée que le cardinal de Retz....

écrit des lettres à ceux de sa faction..., reçoit leurs réponses, etc. » 1 Nous devons ces détails à l'obligeance de M. Alphonse Feillet. On les trouvera, plus complets encore, dans l'édition des OEiivres de Rctz^ qu'il prépare pour la collection des Grands écrivains de la France.

38o LETTRES.

on n'a rien vu de plus beau, à ce qu'on dit. On craint à Paris qu'il ne vienne quelque chose de plus fort, comme, par exemple, un interdit. Mais cela passe ma portée, et je ne doute pas que vous ne sachiez*^ infiniment plus que moi de tout ce qui se passe dans le monde, tout solitaire que vous êtes. Mais au moins vous ne sauriez trouver de personne qui soit plus à vous que

Racine.

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