Pierre Sconin
7. Mlle Vitart (Marguerite le Mazier, femme de Nicolas Vitart) eut, en 1661, un enfant, Anne-Charlotte, qui fut baptisée le aS août. Ce que Racine dit ensuite de M. de Saci ne nous paraîtrait pas s'expliquer, si l'on entendait qu'il s'agît de l'accouchement de l'année précédente, c'est-à-dire de la naissance de Marie-Charlotte Vitart, qui avait été baptisée le 17 mai 1660.
8. Antoine de Saci, avocat au Parlement, avait épousé Nicole- j Madeleine Vitart, sœur, comme Mme Sellyer, de Nicolas Vitart. Il| mourut, fort jeune encore, le 18 août 1661, ainsi que nous l'apprennent les Mémoires de Fontaine, dans sa petite maison du faubourg Saint-Marceau, où était alors réfugié M. Singlin (voyez ci-dessus, | p. 407, la note 9 de la lettre 11). Racine a dû écrire cette lettre peu de temps avant la mort de M. de Saci, dont on vantait la sainteté, et lorsque sa maladie faisait prévoir sa fin prochaine. L'accouche-
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divertissiez très-bien avec mon cousin du Cliesne. Il a bonne intention de le faire. Je ne ferai pas cette lettre plus longue, afin de garder de quoi en faire bientôt une autre. Mais, au nom de Dieu, écrivez-moi, et adressez votre lettre à moi-même, à l'Image Saint-Louis, près de Sainte-Geneviève^. Je vous le répète encore, afin que vous n'ayez point d'excuse. Je vous promets une entière exactitude de mon côté. Adieu : je vous donne le bonsoir; je puis bien vous le donner, car j'entends minuit qui sonne. Adieu donc, ma chère sœur, et pardonnezmoi toutes mes négligences, vous assurant que je serai à vous*" toute ma vie.
Racine.
Je vous manderai tout ce que je ferai. Ne croyez rien de moi que je ne vous le mande.
Suscrîptîon : A Madame Madame Marie Racine, à la Ferté-Milon.
ment de Mlle Vitart et la mort d'Antoine de Saci ayant eu lieu à peu de jours de distance, notre interprétation de ce passage est, nous le croyons, très-vraisemblable.
9. Dans la Notice biographique, p. 28, nous avons dit que Racine demeurait à l'Image Saint-Louis au commencement de 1660; et un peu avant (note 2 de la page 22), nous avions expliqué pour quelle raison nous assignions cette date à la lettre dont nous nous occupons ici. D'après la conjecture mieux établie que nous avons proposée dans la note précédente pour justifier la date de 1661, ces deux passages sont à corriger. — Racine, dans sa lettre à la Fontaine du II novembre 1661 (voyez ci-après, p. 4i3), rappelle le temps où il avait demeuré dans le quartier Sainte-Geneviève.
10. Racine avait commencé par écrire : « que je vous serai. »
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i3. — DE hagiixe a la fontaiwe.
A Usez, ce II. novembre 1661*.
J'ai bien vu du pays, et j'ai bien voyagé, Depuis que de vos yeux les miens prirent congé.
Mais tout cela ne m'a pas empêché de songer toujours autant à vous que je faisois, lorsque nous nous voyions^ tous les jours,
Avant qu'une fièvre importune Nous fît courir même fortune, Et nous mît chacun en danger De ne plus jamais voyager.
Je ne sais pas sous quelle constellation je vous écris présentement; mais je vous assure que je n'ai point fait encore tant de vers depuis ma maladie. Je croyois même en avoir tout à fait oublié le métier. Seroit-il possible que les Muses eussent plus d'empire en ce pays, que sur les rives de la Seine ? Nous le reconnoîtrons dans la suite. Cependant je commencerai à vous dire en prose que mon voyage a été plus heureux que je ne pensois. Nous n'avons eu que deux heures de pluie depuis Paris jusqu'à Lyon. Notre compagnie étoit gaie, et assez plaisante : il y avoit trois huguenots, un Anglois, deux Italiens, un conseiller du Châtelet, deux secrétaires du Roi
Lettre i3. — i. Cette lettre a été publiée pour la première fois au tome III (p. Saa-Saô) des OEuvres diverses de M. de la Fontaine^ de V Académie françoise (à Paris, chez Didot, m.dcc.xxix), 3 volumes in-80, dont l'éditeur est Fabbé d'OIivet. Nous avons suivi avec plus de fidélité que nos devanciers le texte de cette édition, que Louis Racine a désignée inexactement sous le titre à'' OEuvres posthumes. — Sur le départ de Racine pour Uzès , voyez la Notice biographique^ p. 4 1-43-
2. Dans l'édition de T729, comme sans doute aussi dans l'original : voyons^ sans /.
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et deux de ses mousquetaires ; enfin, nous étions au nombre de neuf ou dix. Je ne manquois pas tous les soirs de prendre le galop devant les autres, pour aller retenir mon lit ; car j'avois fort bien retenu cela de M. Botreau, et je lui en suis infiniment obligé : ainsi j'ai toujours été bien couché, et quand je suis arrivé à Lyon, je ne me suis senti non plus fatigué que si du quartier de Sainte-Geneviève j'avois été à celui de la rue Galande^.
A Lyon je ne suis resté que deux jours avec deux mousquetaires de notre troupe, qui étoient du Pont- I Saint-Esprit. Nous nous embarquâmes, il y a aujourd'hui j huit jours, dans un vaisseau tout neuf et bien couvert, que nous avions retenu exprès avec le meilleur patron du pays ; car il n'y a pas trop de sûreté de se mettre sur le j Rhône qu'à bonnes enseignes ; néanmoins comme il n'avoit point plu du tout devers Lyon , le Rhône étoit fort bas, et avoit perdu beaucoup de sa rapidité ordinaire.
On pouvoit, sans difficulté, Voir ses nayades toutes nues, Et qui, honteuses d'être vues, Pour mieux cacher leur nudité, Cherchoient des places inconnues.
Ces nymphes sont de gros rochers, Auteurs de mainte sépulture, ' Et dont l'effroyable figure
Fait changer de visage aux plus hardis nochers.
Nous fûmes deux jours sur le Rhône, et nous couchâmes à Vienne et à Valence. J'avois commencé dès Lyon à ne plus guère entendre le langage du pays, et à n'être
3. Dans la lettre précédente, adressée à Marie Racine, on a vu que Racine, en 1661, demeurait près de Sainte-Geneviève, à l'Image Saint-Louis. Son ami le Vasseur avait son logement rue Galande, chez Mlle de la Croix. La Fontaine sans doute connaissait bien l'une et l'autre maison, où il allait voir les deux jeunes amis.
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plus intelligible moi-même. Ce malheur s'accrut à Valence, et Dieu voulut qu'ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un réchaud sous mon lit. Vous pouvez vous imaginer les suites de cette maudite aventure, et ce qui peut arriver à un homme endormi qui se sert d'un réchaud dans ses nécessités de nuit. Mais c'est encore bien pis en ce pays. Je vous jure que j'ai autant besoin d'interprète, qu'un Moscovite en auroit besoin dans Paris. Néanmoins je commence à m'apercevoir que c'est un langage mêlé d'espagnol et d'italien ; et comme j'entends assez bien ces deux langues, j'y ai quelquefois recours pour entendre les autres, et pour me faire entendre. Mais il arrive souvent que j'y perds toutes mes mesures, comme il arriva hier, qu'ayant besoin de petits clous à broquette pour ajuster ma chambre, j'envoyai le valet de mon oncle en ville, et lui dis de m'acheter deux ou trois cents de broquettes : il m'apporta incontinent trois bottes d'allumettes*. Jugez s'il y a sujet d'enrager en de semblables malentendus. Cela iroit à l'infini si je voulois vous dire tous les inconvénients qui arrivent aux nouveaux venus en ce pays comme moi. Au reste, pour la situation d' Usez, vous saurez qu'elle est sur une montagne fort haute, et cette montagne n'est qu'un rocher continuel : si bien qu'en quelque temps qu'il fasse, on peut aller à pied sec tout autour de la ville. Les campagnes qui l'environnent sont toutes couvertes d'oliviers, qui portent les plus belles olives du monde, mais bien trompeuses pourtant; car j'y ai été attrapé moi-même. Je voulus en cueillir quelques-unes au
4. Dans le Dictionnaire languedocien- français ^ par M. L. D. S. (Lacroix de Sauvages), imprimé à Nîmes en 1785, on trouve le mot hroukêto, traduit par allumettes, ce qui explique l'erreur du valet. Le même Dictionnaire donne le mot broucô ^ signifiant broquette^ petite espèce de clous.
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premier olivier que je rencontrai, et je les mis dans ma bouche avec le plus grand appétit qu'on puisse avoir; mais Dieu me préserve de sentir jamais une amertume pareille à celle que je sentis. J'en eus la bouche toute perdue plus de quatre heures durant, et l'on m'a appris depuis qu'il falloit bien des lessives et des cérémonies , pour rendre les olives douces comme on les mange. I L'huile qu'on en tire sert ici de beurre, et j'appréhen- I dois bien ce changement ; mais j'en ai goûté aujourd'hui I dans les sauces^, et sans mentir il n'y arien de meilleur. I On sent bien moins l'huile qu'on ne sentiroit le meilleur I beurre de France. Mais c'est assez vous parler d'huile, ! et vous me pourrez reprocher, plus justement qu'on ne faisoit à un ancien orateur, que mes ouvrages sentent trop l'huile^. Il faut vous entretenir d'autres choses, ou plutôt remettre cela à un autre voyage pour ne vous pas ennuyer. Je ne me saurois empêcher pourtant de vous dire un mot des beautés de cette province. On m'en avoit dit beaucoup de bien à Paris ; mais sans mentir on ne m'en avoit encore rien dit au prix de ce qui en est, et pour le nombre et pour leur excellence. Il n'y a pas une villageoise, pas une savetière qui ne disputât de beauté avec les Fouillons et les Menevilles''. Si le pays de soi avoit un peu plus de délicatesse, et que les rochers y fussent un peu moins fréquents, on le prendroit pour
5. Dans l'édition de 1729, comme dans l'autograplie probablement : sausses.
6. C'était le reproche que l'orateur Pythéas faisait à Démosthène. Voyez le traité de Plutarque intitulé Préceptes administration publique^ chapitre vi.
7. Mlle du Fouilloux (Bénigne de Meaux), qui épousa le marquis d'Alluye ^u mois d'octobre 1661, et Mlle de Menneville, étoient toutes deux filles d'honneur de la Reine. Elles figurèrent l'une et l'autre dans le Ballet des Saisons, donné à Fontainebleau en 1661, Leur beauté était célèbre.
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~ un vrai pays de Cythère. Toutes les femmes y sont éclatantes, et s'y ajustent d'une façon qui leur est la plus naturelle du monde; et pour ce qui est de leur personne,
CoLor verus^ corpus soliclum et suce i pic luim^ .
Mais comme c'est la première chose dont on m'a dit de me donner de garde, je ne veux pas en parler davantage : aussi bien ce seroit profaner une maison de bénéficier comme celle où je suis, que d'y faire de longs discours sur cette matière. Domus mea domus orationis^ . C'est pourquoi vous devez vous attendre que je ne vous en parlerai plus du tout. On m'a dit : « Soyez aveugle. » Si je ne le puis être tout à fait, il faut du moins que je sois muet ; car, voyez-vous? il faut être régulier avec les réguliers, comme j'ai été loup avec vous et avec les autres loups vos compères. Jdiousias.
Racine.