DE RAGIIVE A MARIE RACINE
I Ma très-chère soeur,
J'ai manqué jusques ici d'occasion pour vous écrire. En voici Dieu merci une assez belle , par le moyen de mon cousin du Chesne^ qui s'en va. Je n'en manquerai pas une de toutes celles qui se présenteront. Mon cousin Vitart doit aller encore bientôt à la Ferté : je lui j donnerai aussi une lettre. Plût à Dieu que vous fussiez i dans la même disposition que moi, et que vous me vou- I lussiez écrire quand vous le pouvez ! Mais on voit bien \ que vous manquez plus de bonne volonté que d'autre chose. Car je vous ai déjà mandé mon adresse si je m'en souviens, et il est assez aisé de me faire tenir vos lettres. Au moins j'en espérois une de vous tous les mois. Mais je vois bien que vous êtes toujours en colère, et que vous me voulez punir de ce que je n'ai pas été, ce vous semble, assez diligent pour vous voir, tandis que j'étois à la Ferté. Je n'y veux plus retourner de ma vie. Car je n'y ai pas fait encore un voyage qui ne m'ait mis mal avec vous. Et en cela je suis le plus malheureux du monde, puisque c'étoit plus pour vous ique j'y allois que pour quelque chose que ce fût. ! Mais c'est temps perdu à moi de vous en parler : vous n'oubliez pas si aisément votre colère. Il n'y auroit rien pourtant que je ne fisse pour vous apaiser. Mandezmoi ce qu'il faut faire, et s'il ne faut que vous écrire
Lettre 12 (revue sur l'autographe, conservé à Soissons). — I. Au mois de juillet ou d'août, très-vraisemblablement, et peu de temps avant le de'part pour Uzès. Cette date se conclut de ce qui est dit, dans un endroit de la lettre, du prochain accouchement de Mlle Vitart et de la canonisation très-prochaine aussi de M. de Saci. Voyez à la page suivante les notes 7 et 8.
a. Voyez ci-dessus, p. 896, la note ai de la lettre 8.
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LETTRES
~ tous les huit jours, et faire un serment que quand j'irai à la Ferté, ce qui ne sera de longtemps, je ne bougerai d'avec vous , je ferai tout cela du meilleur cœur du monde.
Je vous écris même avec du papier doré, tout exprès, afin que cela puisse ^ faire ma paix ou aider à la faire. Pour vous, quand vous me devriez écrire du plus gros papier qui se vende chez M. de la Mare*, je le recevrai aussi bien que si la lettre étoit écrite en lettres dorées.
Ma mère^ s'est treuvée mal, et ne se porte pas encore fort bien. Vous passez ce temps-là plus à votre aise que moi. Quand vous m'écrirez, si vous le faites, mandez-moi comment je suis dans l'esprit de mon grandpère ^, et si ce voyage-ci ne m'aura point nui autant que l'autre. Mlle Vitart accouchera bientôt"^, et on canonisera bientôt M. de Sacy ^. Je souhaite que vous vous
3. Racine avait mis d'abord : « afin que si cela pouvoit.... »
4. Ce M. de la Mare était sans doute un parent de Racine. Claude Sconin, fille de Pierre Sconin et de Claude Joly, par conséquent sœur consanguine de la mère de Racine, avait épousé un Jean de la Mare.
5. Sa grand'mère, Marie des Moulins. Voyez, p. 872, la note 6 de la lettre i .