‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 264 sur 394 · DE RACINE A l'abbé LE VASSELR · texte numérisé non relu

DE RACINE A l'abbé LE VASSELR

A Usez, ce 24*""* novembre [166 1],

Je ne me plains pas encore de vous ; car je crois bien que c'est tout au plus si vous avez maintenant reçu ma première lettre ; mais je ne vous réponds pas que dans huit jours je ne commence à gronder si je ne reçois point de vos nouvelles. Épargnez-moi donc cette peine, je vous supplie, et épargnez-vous à vous-même de grosses injures, que je pourrois bien vous dire dans ma mauvaise humeur ;

Nam contemptus amor vires habet^ .

Je vous aurois écrit mardi passé par l'ordinaire, n'étoit que j'étois allé faire un tour à Nîmes : ainsi je me sers aujourd'hui de l'extraordinaire, qui part les vendredis. Mais puisque j'ai commencé à vous parler de ce voyage, il faut que je vous en entretienne un peu. Nîmes est à trois lieues d'ici, c'est-à-dire à sept ou huit bonnes lieues de France. Le chemin est plus diabolique mille fois que celui des diables à Nevers, et la rue d'Enfer, et tels autres chemins réprouvés ; mais la ville est assurément aussi belle et aussi polide^ comme on dit ici, qu'il y en ait dans le royaume. Il n'y a point de divertissements qui ne s'y treuvent :

Suoni, canti^ vestir, giuochi^ vivande^ Quanto pub cor pensar^ puà chieder bocca^.

Lettre 16 (revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. «< Car l'amour méprisé est fort. » (Pétrone, Satyrîcon^ chapitre cviii, vers la fin.) — Au commencement du vers Racine a s.ibstitué nam à W, qui est dans le texte de Pétrone.

a. «X)e la musique, des chants, des parures, des jeux, des festins, autant que l'esprit en peut imaginer, la bouche en demander. » {Orlando furioso, chant IV, stance xxxii.)

LETTRES

On m'avoit dit tout cela devant que j y allasse, mais I je n'en voulois rien croire. Vous ne voudrez pas m'en I croire aussi. Cependant je n'en dis pas la moitié de ce i qu'on en pourroit dire. J'y allois pour voir le feu de joie® ! qu'un homme de ma connoissance avoit entrepris. Il en a coûté deux mille francs à la ville. Il étoitfort beau sans j doute. Les jésuites avoient fourni les devises, qui ne va- I loient rien du tout : ôtez cela, tout alloit* bien. Mais je I n'y pris pas assez bien garde pour vous en faire le dé- 1 tail; j'étois détourné par d'autres spectacles : il y avoit ! tout autour de moi des visages qu'on voyoit à la lueur I des fusées, et dont vous auriez bien eu autant de peine à vous défendre, que j'en avois. Il n'y en avoit pas une à qui vous n'eussiez bien voulu dire ce compîii ment d'un galand du temps de Néron : Ne fastidias hominem peregrinum inter cultores tuos admittere: inventes religîosum^ si te adorari permiseris^ . Mais pour moi, je n'avois garde d'y penser; je ne les regardois pas même en sûreté ; j'étois en la compagnie d'un R. Père de ce chapitre, qui n'aimoit pas trop à rire :

E parea^ più cH alcun fosse mai stato, Di conscienza scrupulosa e schiva^ .

I 3. « De Nîmes.... 8 décembre i6fii. — ■ Le chapitre de notre caj thédrale s'étant dignement acquitté de son devoir, en l'absence de î notre évêque, par les grâces solennelles qu'il a rendues pour l'heureuse naissance de Monseigneur le Dauphin, nos consuls et habitants de l'une et l'autre religion en firent pareillement, le aa du passé, des feux, qui furent accompagnés de concerts, de festins, et de toutes les marques d'une extraordinaire réjouissance. >» {Gazette du 17 décembre 1661, p. iSaS.)

4. Racine avait d'abord écrit : tout étoit; et, deux lignes plus loin : attaché., au lieu de détourné.

5. « Ne dédaignez pas de recevoir un étranger parmi ceux qui vous rendent un culte : vous le trouverez plein de ferveur, si vous voulez bien vous laisser adorer. » (Pétrone, Satjricon., chapitre cxxvii.)

6. « Et il sembloit être^ plus que personne ne le fut jamais,

LETTRES

Quoi qu'il en soit, il falloit être sa^e avec lui, ou du moins le faire. Voilà ce que vous auriez treuvé de beau dans Nîmes ; mais j'y treuvai encore d'autres choses qui me plurent fort, surtout les Arènes. Vous en avez sans doute ouï parler. C'est un grand amphithéâtre, un peu en ovale, tout bâti de prodigieuses pierres, longues de deux toises, qui se tiennent là, depuis plus de seize cents ans, sans mortier et par leur seule pesanteur. Il est tout ouvert en dehors par de grandes arcades, et en dedans ce ne sont tout autour que de grands sièges de pierre, où tout le peuple s'asseyoit pour voir les combats des bêtes et des gladiateurs. Mais c'est assez vous parler de Nîmes et de ses raretés : peut-être même trouverez-vous que j'en ai | trop dit. Mais de quoi voulez-vous que je vous entre- | tienne? Il ne se passe rien en ce pays qui mérite qu'on le mande de si loin. Car de vous dire qu'il y fait le plus beau temps du monde et qu'il n'a fait ni froid ni pluie depuis que j'y suis, vous ne vous en mettez guère eu peine. De vous dire tout de même qu'on doit cette semaine créer des consuls ou des conses^ comme on dit, cela vous touche fort peu. Cependant c'est une belle chose de voir le compère cardeur et le menuisier gaillard avec la robe rouge, comme un président, donner des arrêts et aller les premiers à l'offrande. Vous ne voyez pas cela à Paris. A propos de consuls, il faut que je vous parle d'un échevin' de Lyon, qui doit l'emporter sur les plus fameux quolibetiers du monde. Je l'allai voir^ avec un autre de notre troupe, quand nous voulûmes sortir de Lyon, pour avoir un billet de sortie pour notre bateau; car sans billet les chaînes du Rhône ne se lèvent point, j

d'une conscience scrupuleuse et sévère. » {Orlando furioso, chant II. stance xiii.)

y. Avant échevln^ il y ^ grand^ effacé.

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