‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 266 sur 394 · Quoi de nouveau · texte numérisé non relu

Quoi de nouveau

10. Cette affaire d'Angleterre est l'insulte faite le 10 octobre 1661 par le baron de Batteville, ambassadeur d'Espagne, au comte d'Estrades, ambassadeur de France, à l'occasion de l'entrée à Londres de l'ambassadeur de Suède. Voyez à la page 364, note 3, de notre tome IV.

1 1 . Louis Racine et les éditeurs venus après lui ont corrigé Souffren en Souffrant. — Le P. Suffren, Jésuite, mort en 1641, avait été confesseur de Louis XIII. On prononçait son nom Souffrant : de là le quolibet.

12. Racine écrit parestre ; d'autres fois paroître. ï3. La Pharsale^ chant VII, vers 713 et 714. 14. Faites est écrit au-dessus de dites ^ effacé.

LETTRES

Suscriptlon : A Monsieur, Monsieur Tabbé le Vasseur, à Paris. (Deux cachets rouges : J.'RAC, avec une soie jaune.)

Î7. — - DE RACINE A l'aBBÉ LE VASSEUR.

A Usez, le 26^""® de'cembre 1661.

Dieu merci, voici une de vos lettres. Que vous en êtes devenu grand ménager ! J'ai vu que vous étiez plus libéral, et il ne se passoit guère de semaines, lorsque vous étiez à Bourbon, que vous ne m'écrivissiez une fois ou deux, et non-seulement à moi, mais à des gens mêmes à qui vous n'aviez presque jamais parlé, tant les lettres vous coùtoient peu. Maintenant elles sont plus clair-semées, et c'est beaucoup d'en recevoir une en deux mois. J'étois le plus en peine du monde d'où pouvoit venir ce changement. Je croyois que vous étiez retombé malade, ou du moins que vous nous aviez cassés aux gages. J'enrageois de voir qu'une si belle amitié se fût ainsi évanouie pour n'avoir été que deux mois hors de Paris. Eîi dextra fidesque^ ! m'écriois-je, e 7 cor pien di sospir parea un Mongibello^ ^ lorsque heureusement votre lettre m'est venue tirer de toutes ces inquiétudes, et m'a appris que la raison pourquoi vous ne m'écriviez pas, c'est que mes lettres étoient trop belles. Qu'à cela ne tienne, Monsieur : il me sera fort aisé d'y remédier ; et il m'est si

Lettre 17 (revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. « Voilà donc la foi promise! » (Virgile, Énéide^ livre IV, vers 597.)

2. « Et le cœur plein de soupirs paroissoit un Etna, un volcan. » Cette phrase italienne est sans doute une réminiscence de ce passage de l'Arioste {Otlando fimoso^ chant I, stance xl) :

Sospirando piangea, tal cA' un ruscello Parean le guance, e H petto un Mongibello.

LETTRES

naturel de faire de méchantes lettres, que j'espère, avec la grâce de Dieu, venir bientôt à bout de n'en faire pas de trop belles. Vous n'aurez pas sujet de vous plaindre à l'avenir, et j'attends dès à présent des réponses par tous les ordinaires. Mais parlons plus sérieusement. Avouez que tout au contraire vous croyez les vôtres trop belles pour être si facilement communiquées à de pauvres provinciaux comme nous. Vous avez raison, sans doute, et c'est ce qui me fàclie le plus ; car il ne vous est pas aisé, comme à moi, de faire de mauvaises lettres, et ainsi je suis fort en danger de n'en guère recevoir. Après tout, si vous saviez la manière dont je les recois, vous verriez qu'elles ne sont pas profanées pour tomber entre mes mains ; car, outre que je les reçois avec toute la vénération que méritent les bellesvcboses, c'est qu'elles ne me demeurent pas longtemps, et elles ont le vice dont vous accusez les miennes injustement, qui est de courir un peu trop les rues, et vous diriez qu'en venant en Languedoc elles se veulent accommoder à l'air du pays. Elles se communiquent à tout le monde, et ne craignent point la médisance: aussi savent-elles bien qu'elles en sont [à] couvert; chacun les veut voir, et on ne les lit pas tant pour apprendre des nouvelles, que pour voir la façon dont vous les savez débiter. Continuez donc, s'il vous plaît, ou plutôt commencez tout debonà m'écrire, quand ce neseroitque par charité. Je suis en danger d'oublier bientôt le peu de françois que je sais ; je le désapprends tous les jours, et je ne parle tantôt plus que le langage de ce pays, qui est aussi peu françois que le bas breton.

Ipse mihi videor jam dedidicisse latine; Nam didici getice sarmaticeque loqui^.

3, "Il me semble que d^jà j'ai désappris à parler latin; car j'ai

LETTRES

y J'ai vu qu'Ovide vous faisoit pitié quand vous sohgiez qu'un si galand homme que lui étoit obligé à parler Scythe lorsqu'il étoit relégué parmi ces barbares : cependant il s'en faut beaucoup qu'il fat si à plaindre que moi. Ovide possédoit si bien toute l'élégance romaine, qu'il ne la pouvoit jamais oublier; et quand il seroit revenu à Rome après un exil de vingt années, il auroit* toujours fait taire les plus beaux esprits de la cour d'Auguste : au lieu que , n'ayant qu'une petite teinture du bon françois, je suis en danger de tout perdre en moins de six mois, et de n'être plus intelligible si je reviens jamais à Paris. Quel plaisir aurez -vous quand je serai devenu le plus grand paysan du monde? Vous ferez bien mieux de m'entretenir toujours un peu dans le langage qu'on parle à Paris. Vos lettres me tiendront lieu de livres et d'Académie.

Mais à propos d'Académie, que le pauvre Pélisson^est à plaindre, et que la Conciergerie est un méchant poste pour un bel esprit ! Tous les beaux esprits du monde ® devroient-ils pas faire une solennelle députation au Tloi pour demander sa grâce? Les Muses elles-mêmes devroient-elles pas se rendre visibles afin de solliciter pour lui?

Nec ços, Piérides, nec stirps Latonia, vestro Docta sacerdoti turha tulistis opem? l

appris à parler gète et sarmate. » (Ovide, Tristes, livre V, élégie xii. vers 57 et 58.)

Page 1