Ecrivez, et portez- vous bien
13. Ce petit mémoire, qui n'avait jamais encore été' cite' dans les OEiivres de Racine, est certainement l'article sur le feu d'artifice allumé par les consuls d'Uzès, à l'occasion de la naissance du Dauphin; il est imprimé dans la Gazette du 3i décembre i6fii, p. 1372, sous la rubrique : D^Usez, le décembre 1661. Il devrait cependant avoir une date un peu antérieure. Le voici, tel que la Gazette le donne, après l'avoir peut-être abrégé : « Outre les réjouissances qui se sont ici faites par l'ordre de notre évêque, pour la naissance de Monseigneur le Dauphin, nos ctmsuls voulants aussi en signaler leur joie, firent le i8 courant allumer un feu dont le succès répondit des mieux à la beauté du dessein. Après que la Renommée, qui étoit élevée sur un piédestal, eut fait sonner trois fois un cor chargé de pétards, qu'elle avoit en sa main, une colombe partit d'un autre côté , toute en feu , qui tenant à son bec un rameau d'olive , vint allumer l'artifice. En même temps on ouït un grand bruit de bombes et de pétards, et l'air se couvrit d'une épaisse fumée, à laquelle succéda une grande clarté, qui découvrit un rocher fort élevé, vomissant des flammes de toutes parts, au sommet duquel paroissoit la Paix, avec une corne d'abondance en l'une de ses mains, et s'appuyant de l'autre sur un dauphin; ayant à ses pieds les Vertus cardinales qui jetoient quantité de fusées, comme elle en épanchoit grand nombre, qui alloient semer en l'air une infinité d'étoiles : tellement que cette machine parut des plus industrieusement inventées. »
r8. — DE RAGIINE A MADEMOISELLE VITARÎ \
A Usez, le 26^*°* décembre 1661.
Je pensois bien me donner Thonneur de vous écrire I il y a huit jours , mais il me fut impossible de le faire t je ne sais pas même si j'en pourrai bien venir à bout aujourd'hui; car vous saurez, s'il vous plaît, que ce n'est pas à présent une petite affaire pour moi que de vous écrire. Il a été un temps que je le faisois assez aisèment, et il ne me falloit pas beaucoup de peine pour faire une lettre un peu passable. Mais ce temps-là est passé pour moi : il me faut suer sang et eau pour faire I quelque chose qui mérite de vous l'adresser; encore i sera-ce un grand hasard si j'y réussis. La raison de cela, c'est que je suis un peu plus éloigné de vous que je n'étois lors. Quand je songeois seulement que je n'étois qu'à quatorze ou quinze lieues de vous, cela me mettoit en train, et c'étoit bien autre chose quand je vous voyois en personne : c'étoit alors que les paroles ne me coùtoient rien, et que je causois d'assez bon cœur. Au lieu qu'aujourd'hui je ne vous vois qu'en idée ; et quoique je songe assez fortement à vous, je ne saurois pourtant empêcher qu'il n'y ait cent cinquante lieues entre vous et votre idée. Ainsi il m'est un peu plus difficile de m'échaufFer; et quand mes lettres seroient assez heureuses pour vous plaire, que me sert cela? J'aime-^ rois mieux recevoir un soufflet ou un coup de poing de vous, comme cela m'étoit assez ordinaire, qu'un grand merci qui viendroit de si loin. Après tout, il vous faut écrire, et il en faut revenir là. Mais que vous mander? Sans mentir, je n'en sais rien pour le présent. Faites-
j Lettre 18 (revue sm- l'autographe , conservé à la. Bibliothèque impériale). — i . L'original de ce billet, peut-être incomplet, ne rem- I plit que les deux pages d'un même feuillet. La suscription manque.
LETTRES
™ moi une grâce, donnez-moi temps jusqu'au premier ordinaire pour y songer, et je vous promets de faire merveille. J'y travaillerai plutôt jour et nuit : aussi bien n'ai-je plus qu'un demi-quart d'heure à moi, et vousmême avez maintenant bien d'autres affaires. Vous n'avez pas à déloger^ seulement, comme on m'a mandé; mais vous avez même à préparer les logis au Saint-Esprit^, qui doit venir dans huit jours à l'hôtel de Luynes. Travaillez donc à le recevoir comme il mérite, et moi je travaillerai à vous entretenir comme vous méritez. Comme ce n'est pas une petite entreprise, vous treuverez bon que je m'y prépare avec un peu plus de loisir. Cependant je souhaite que tout le monde se porte bien chez vous, que vos deux infantes vous ressemblent, et que vous ne soyez point en colère contre moi de ce que j'ai tant tardé à m'acquitter de ce que je vous dois. C'est bien assez que je sois si loin de votre présence, sans me bannir encore de votre esprit. Ainsi soit-il.
Vous me permettrez d'assurer ici Monsieur le Marquis* de mes très-humbles respects. Je gagerois qu'il recevra cette assurance de fort bon cœur, non pas en ma considération, mais pour la vôtre. Je n'écris pas à mon cousin, car on m'a mandé qu'il étoit à la campagne; et puis c'est lui écrire que de vous écrire.
2. Le duc de Luynes, qui demeurait alors rue du Bac, allait habiter son nouvel hôtel de la rue de la Butte (depuis rue Saint-Guillaume) sur la paroisse Saint-Sulpice.
3. Le duc de Luynes avait été créé chevalier de l'ordre du Saint- Esprit dans le chapitre tenu par le Roi le 3 décembre i66i; il lut reçu le i^^" janvier 1662.