‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 270 sur 394 · Le jeune marquis de Luynes · texte numérisé non relu

Le jeune marquis de Luynes

LETTRES

ig. DE RACINE A MARIE RACINE.

A Usez, le 3^*"^ janvier 1662.

Ma très-chère soeur,

Je reçus hier votre lettre avec beaucoup de joie; ! mais j'en aurois encore davantage, si vous m'écriviez , un peu plus souvent. Vous n'avez qu'à donner libre- ! ment vos lettres à mon oncle Sconin ^, comme je vous ' l'ai déjà mandé. Il prend la peine de m'écrire presque j tous les quinze jours, et il prendra bien celle d'envoyer I votre lettre avec les siennes. Mandez-moi tout ce qui I se passe à la Ferté, comme vous avez commencé, mais faites-le un peu plus au long que vous n'avez fait. Quand ' on écrit de si loin, il ne faut pas écrire pour une page, j j'ai vu que vous m'écriviez de si belles lettres quand jj'étois à Paris : il ne se passoit rien à la Ferté que je ne I susse par votre moyen. Assurez-vous que je ne saurois [avoir plus de plaisir que lorsque vous vous donnerez ! cette peine pour moi. En récompense, lorsque je treuverai l'occasion de vous envoyer quelque chose de ce pays, je ne la laisserai pas passer. Mais il faut un peu attendre. Je ne fais encore qu'arriver, et je n'ai pas eu le loisir de reconnoître ce qu'il y a de beau. Ma mère m'écrivit, il y a huit jours; elle avoit en effet encore de la fièvre comme vous me mandez, mais elle espéroit jd'en être bientôt dehors. Je reçois assez souvent des pouvelles de Paris; il n'y a que vous qui êtes une paresseuse. Vous direz peut-être que vous avez encore la lièvre; mais vous avez bien vu que quand je l'avois entore, je nelaissois pas de vous écrire. Après tout, je suis |)ien marri que vous l'ayez, et que vous la gardiez si

I Lettre 19 (revue sur l'autographe, conservé à Soissons). —

|. Voyez ci-dessus, p. 876, la note 5 de la lettre 3.

1 J. Racine, vi 28

LETTR?:S

~ longtemps. J'en ai eu quelques accès la semaine passéemais elle m'a quitté, Dieu merci.

Quant à ce que vous me mandez que ma cousine Parmentier ^ est encore malade, je vous puis assurer que j'y prends grande part, et qu'elle me touche toujours d'aussi près qu'elle a fait. Je suis marri que mon cousin son frère ait rompu avec moi , comme il a fait à cause de mon voyage, et je vois bien qu'il n'est pas aussi bon ami que je le suis envers lui. Quand il seroit venu ici au lieu de moi, je ne lui en aurois pas voulu maP pour cela. Il ne sait pas les raisons qui m'ont obligé d'y venir. Cependant je sais assez que lui et mon oncle du Chesne ont fait bien du bruit pour cela, à cause que j'y étois venu sans lui, comme si cela dépendoit de| moi. Quoi qu'il en soit, je suis marri d'être mal dans son esprit; mais je ne lui en ai pas donné de sujet. Il est vrai que je ne lui ai pas écrit depuis ma maladie, parce qu'étant encore à Paris, je ne pouvois presque écrire à personne, et depuis que je suis ici, je n'ai pas su par quelle voie lui écrire, aussi bien qu'à d'autres personnes qui peut-être m'en voudront mal. Je vous dis tout cela parce qu'il n'y a rien que je haïsse tant que d'être mal avec une personne comme lui, avec qui j'ai toujours ét( si bien. Si l'occasion s'en présente et qu'il vous parl( de moi, dites-lui ces raisons, s'il vous plaît, et faites meij baisemains à ma cousine sa sœur. Je vous en prie d(j tout mon cœur. Vous savez combien je l'ai toujours ho norée, et je l'honore toujours de même.

Après tout, il ne faut pas s'étonner si mon oncl} Sconin ne s'est pas employé pour le faire venir*, parc; que vous savez bien la manière dont mon oncle d,

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