DE RACIINE A MADEMOISELLE VITART
[\ Usez, mars 1662^]
.... Si vous vous offensez de cette façon de parler, vous en devez accuser le quolibet, qui ne s'est pas énoncé plus civilement. M. Vitart m'a mandé le retour de ma tante sa mère, et le succès de son voyage de Chevreuse^, qui, pour vous dire vrai, m'a bien surpris. Je croyois qu'il se préparoit^ quelque chose de bien grand dans le château de Chevreuse : j'avois ouï autrefois toutes les grandes promesses de Monsieur le Bailli, et je croyois même que tout le monde étoit en haleine chez vous pour savoir ce qui en arriveroit, car depuis deux ou trois mois je n'ai pas reçu une lettre. Enfin, je m'attendois qu'il sortiroit de ce château quelque géant, ou du moins un enfant aussi puissant que Joseph du Pin\ et il n'est venu qu'une fille. Ce n'est pas qu'une fille soit peu de chose; mais M. Sellyer parloit bien plus haut que cela. Cela lui apprend â s'humilier; car, voyezvous? j'ai ouï dire à un bon prédicateur, que Dieu changeroit plutôt un garçon en fille avant qu'il soit né, poui' humilier un homme qui s'en fait accroire^. Ce n'est pas qu'il y ait eu du miracle en l'affaire de M. Sellyer, et je crois fort bonnement qu'il n'a eu que ce qu'il a fait.
Lettre 2 5 (revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. Le commencement de cette lettre manque, et, par suite, la date. La naissance d'une fille de M. Sellyer, les nouvelles reçues à Uz,ès du ballet où Mme de Luynes avait figuré, rendent probable la date de mars 1662, déjà proposée dans l'édition de 1807.