C'est-à-dire : «< vous allez chercher à m'embarrasser
LETTRES
NOUS en avois parlé en passant, sur ce que vous m'aviez i66a tnandé que vous aviez lié quelque amitié avec une demoiselle ^ d'Angélique , et pour déguiser cette histoire i 'avois pris le nom de Cypassis, qui fut autrefois la demoiselle de Corinne. Relisez ma lettre, si vous l'ave/, encore, et cela vous sautera aux yeux. Mais n'en parlons plus, et croyez au reste que, si j'avois reçu quelque blessure en ce pays, je vous la découvrirois naïvement, et je ne pourrois pas même m'en empêcher. Vous savez que les blessures du cœur demandent toujours quelque confident à qui on puisse s'en plaindre, et si j'en avois une de cette nature, je ne m'en plaindrois jamais qu'à vous. Mais, Dieu merci, je suis libre encore, et si je quittois ce pays, je reporterois mon cœur aussi sain et aussi entier que je l'ai apporté. Je vous dirai pourtant une assez plaisante rencontre à ce sujet. Il y a ici une demoiselle ^ fort bien faite et d'une taille fort avantageuse. Je ne l'avois guère vue que de cinq ou six pas, et je l'avois toujours treuvée fort^ belle. Son teint me paroissoit vif et éclatant, les yeux grands et d'un beau noir, la gorge et le reste de ce qui se découvre assez librement en ce pays, fort blanc. J'en avois toujours quelque idée assez tendre et assez approchante d'une inclination; mais je ne la voyois qu'à l'église; car, comme je vous ai mandé, je suis assez solitaire et plus que mon cousin ne me l'avoit recommandé. Enfin je voulus voir si je n'étois point trompé dans l'idée que j'avois d'elle, et j'en treuvai l'occasion fort honnête. Je
6. Racine écrit démoisellc^ non-seulement ici, mais deux fois encore quelques lignes plus bas, dans cette même lettre.
7. M. Edouard Fournier, dans les notes de sa comédie de Racine à Vzès, p. 79, dit que l'on montre à Uzès un portrait qui passe pour être celui de cette demoiselle. Mais ce qu'on lui a raconté à l'appui de cette tradition nous paraît bien peu concluant.