‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 310 sur 394 · Racine écrit souprieur · texte numérisé non relu

Racine écrit souprieur

7. La salmée^ qui est de douze hémines, est égale à un septier et un quart de septier de Paris. Les 21 livres d'alors contenaient autant d'argent qu'en contiennent 39 fr. 5o c. de notre monnaie actuelle. {Noie de Sédition de 1807.)

J. Racine, vi 3i

48'2 LETTRES

71 sure contient environ dix minots ou dix pichets ^ ou un

peu plus. Pour le vm, on ne saura du tout qu'en faire. Le meilleur, c'est-à-dire le meilleur du royaume, se vend deux carolus le pot% mesure de Saint-Denys. J'aurai de quoi boire à votre santé à bon marché ; mais j'aimerois mieux l'aller boire là-bas avec du vin de la montagne de Reims.

Je baise très-humblement les mains à Mlle Vitart, à vos deux mignonnes, et universellement à toute la famille. Je m'avise toujours un peu tard d'écrire : cela est cause que je ne saurois presque écrire qu'à vous. J'ai pourtant écrit [à] ma mère, et je remets Monsieur l'Abbé à jeudi prochain ; il lui en coûtera un port de lettre de ce retardement, car je ne pourrai pas vous l'adresser comme les autres fois. Je voudrois qu'il m'en fît coûter plus souvent qu'il ne fait pas; il est grand ménager de ses lettres et de la bourse de mon oncle. Je suis tout à lui, et uniquement à vous.

Suscrîption : A Monsieur Monsieur Vitart, à Paris. (Deux cachets bruns : J. RAC.)

8. [Le pichet ou blchet est une] mesure qui contient environ trente livres de froment, poids de marc. {Note de V édition de 1807, à la lettre du 2 5 juillet 1662.)

9. Le pot de vin de Languedoc pèse une livre et demie, poids de marc. Le carolus^ qui est une monnaie de compte en usage parmi le peuple , vaut deux blancs ou dix deniers tournois. Ainsi trois carolus sont la même valeur que six-blancs ou trente deniers, {Note de V édition de 1807.)

LETTRES

DE RACINE A l'aBBÉ LE VASSEUR.

A Uzës, le 4, juillet 1662*.

^ Que vous tenez bien votre gravité espagnole ! Il paroît I bien qu'en apprenant cette langue, vous avez pris un peu de r humeur cle la nation. Vous n allez plus qu'à j pas comptés, et vous écrivez une lettre en trois mois. Je ne vous ferai pas davantage de reproches, quoique j'eusse bien résolu ce matin de vous en accabler. J'avois étudié tout ce qu'il y a de plus rude et de plus injurieux dans les cinq langues que vous me donnez ; mais votre lettre est venue à midi, qui m'a fait perdre la moitié de ma colère. N'étes-vous pas fort plaisant avec vos cinq langues ? Vous voudriez justement que mes lettres fussent des Calepins ^, et encore des lettres galantes. Je vous trouve, sans mentir, de fort belle humeur. Il y a assez de pédants au monde sans que j'en augmente le nombre. Si Mlle Lucrèce a besoin de maîtres en ces cinq langues, j'en ai vu souvent trois ou quatre autour de vous. Donnez-lui celui-là qui avoit tant à démêler avec M. Lancelot^ : c'étoit une assez bonne figure. Aussi bien ne croyez pas que ma bibliothèque

Lettre 84. — i. Revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale.

2. Ce mot, qui maintenant signifie d'ordinaire un agenda^ un recueil de notes, d'extraits, etc., veut dire ici un dictionnaire en plusieurs langues. L'édition la plus complète du Dictionna'we d'Ambroise Calepin est en onze langues (Baie, iSgo ou 1627, in-folio).

3. Dans une note de l'édition de 1807 sur ce passage, il est dit que Claude Lancelot avait été, dans les écoles de Port-Royal, le maître, non-seulement, comme on sait, de Racine, mais aussi de l'abbé le Vasseur. Nous ignorons si ce renseignement est exact. Si l'on devait croire que le professeur « qui avoit tant à démêler avec M. Lancelot» fût le P. Labbe, ce fameux détracteur des hellénistes de Port-Royal, le Vasseur aurait reçu au contraire des leçons des jésuites; mais nous ne pouvons rien dire ici de certain.

LETTRES

jgg^ soit fort grosse en ce pays-ci : le nombre de mes livres est fort borné ; encore ne sont-ce pas des livres à conter fleurettes : ce sont des sommes de théologies latines, méditations espagnoles, histoires italiennes, Pères grecs, et pas un François. Voyez où je pourrois trouver quelque chose de revenant à Mlle Lucrèce. Tout ce que je pourrai faire sera de lui donner de mon françois, tel qu'il pourra être. Aussi bien il y a longtemps que j'avois envie de lui écrire, mais vous me mandiez toujours (ju'elle étoit à la campagne, et je croyois que cela vouloit dire que vous n'aviez rien de bon à me dire de sa part et qu'elle me donnoit mon congé. Je n'avois pas einie de le prendre pour cela, et j'élois trop attaché à l'idée que j'ai toujours d'elle, pour n'y plus songer. Croyez que vous m'avez mis bien au large par cette proposition que vous me faites*, et que, si Dieu m'assiste, je lui ferai de belles et grandes lettres. Ce ne sera pas encore d'aujourd'hui ; car j'ai reçu votre lettre trop tard. Cependant entretenez-la bien dans cette humeur de souffrir de mes lettres; car j'ai bien peur qu'elle ne retourne à la campagne, c'est-à-dire qu'elle ne me laisse là, sitôt qu'elle en aura vu une . Porque mis razones no deven ser manjar para tan subtil entendimiento como el suyo^ . Donnez-lui toujours ce passage en attendant, et assurez-la de tous mes respects.

Je savois déjà depuis longtemps que M. Poignant n'aimoit pas à écrire beaucoup, et lorsque je lui ai écrit, c'étoit sans espérance de réponse ; et c'est dans cette pensée que je lui écrirai toujours, quand j'aurai quelque chose de bon à lui mander.

M. de la Fontaine m'a écrit et me mande force nou-

4. « Que vous me faites » a ëté ajouté au-dessus de la ligne.

5. « Parce que mes raisonnements ne sauraient être un mets pour un entendement aussi délicat que le sien. »

LETTRES

veiles de poésies, et surtout de pièces de théâtre. Je ~ m'étonne que vous ne m'en disiez pas un mot. N'est-ce j point que ce charme étrange qui vous empêchoit d'é- ! crire, vous empêchoit aussi d'aller à la comédie ? Quoi qu'il en soit, il me portoit à faire des vers^. Je lui récris aujourd'hui, et j'envoie sa lettre^ décachetée à M. Vitart. S'il en fait retirer copie , ayez soin, je vous prie, que I la lettre ne soit point souillonnée, et qu'on ne la relienne pas longtemps. Mandez-moi surtout ce qui vous en semble, et ne me payez pas d'exclamations : autrement je ne vous envoyerai jamais rien. Je ne suis pas content I de ce que vous avez ainsi traité mes Bains de Vénus. I Croyez-vous que je les envoyasse seulement pour vous ! divertir un quart d'heure ? Je prétends que vous me payez * en raisons. Vous en avez tant de bonnes pour vous justifier d'un silence de trois mois. Faites des vers un peu pour voir, et vous verrez si je ne vous en manderai pas au long tout ce que j'en pourrai dire. Au moins ayez la bonté de donner ces Bains à quelqu'un pour les copier, afin que mon cousin les envoie à M. de la Fontaine.

11 ne se passe rien de nouveau en ce pays, et je ne vois pas que mes affaires s'y avancent beaucoup. Cela me fait désespérer. Je ne sais si M. Vitart ne songe plus du côté d'Ouchie.

Je cherche quelque sujet de théâtre, et je serois assez disposé à y travailler; mais j'ai trop de sujet d'être mélancolique en ce pays-ci, et il faut avoir l'esprit plus libre que je ne l'ai pas. Aussi bien ce me seroit une

6. Parmi les lettres perdues, de la Fontaine à Racine, celle-ci nous semble particulièrement regrettable.

7. C'est-à-dire la lettre à lui adressée, ma réponse. C'est la lettre que nous donnons après celle-ci.

8. Il y a bien pajez dans l'original; à la suite, Racine avait d'abord écrit : « de raisons.

LETTRES

gêne de n'avoir pas ici une personne comme vous, à qui je pusse tout montrer à mesure que j'aurois fait quelque chose. Et s'il faut un passage latin pour vous mieux exprimer cela, je n'en saurois trouver un plus propre que celui-ci : Nihil mihi nunc scito tam déesse quam hominem eum quîcum omnîa quse me ad aliqua afficiunt una communicem , qui me amet ^ qui sapiatj quicum ego colloquar^ nihil fingam^ nihil dissimulem, nihil ohtegam. Non homo, sed littus^ atque aer^ et salitudo mera. Tu autem qui ssepissime curam et angorem animi mei sermone et consilio levasti tuo, qui mihi in rehus omnibus conscius et omnium meorum sermonum et consiliorum particeps esse solebas, ubinam es^^ Quand Cicéron eût été à Uzés, comme j'y suis, et que vous eussiez été en la place d'Atticus son ami, eût-il pu parler autrement?

Mais adieu : en voilà assez pour aujourd'hui. Écrivez-moi plus souvent, et ne me parlez plus de charme ni d'autres empêchements; mais souvenez-vous toujours de moi, et m'en donnez quelques marques. L'exemple de

9. « Sachez que rien ne me manque tant en ce moment qu'une personne à qui je puisse m'ouvrir de tout ce qui me cause quelque inquiétude, une personne qui m'aime, qui pense sagement, avec qui j'ose m'entretenir en toute liberté, sans de'guisement , sans réserve. Ici pas un homme, mais seulement un rivage, l'air, et une pure solitude. Mais vous, qui très-souvent, par votre entretien et A^os conseils, avez soulagé mes peines et mes tourments, vous qui, en toutes circonstances, étiez habitué à recevoir toutes mes confidences, à entrer dans tous mes projets, où êtes-vous? » (Commencement de la lettre xviii du livre I à Atticus.) Nous avons déjà vu plus haut une phrase de ce même passage, dans la lettre aS (p. 447)- Racine cite de mémoire; il y a dans Cicéron, à la seconde ligne : quse me cura aliqua afficiunt; quelques mots sont omis, à dessein, devant Non homo; et vers la fin, le vrai texte de la lettre latine est : qui mihi et in publlca re socius^et in privatis omnihus conscius — particeps esse solebas^ etc.

LETTRES. 487

M. Poignant nest pas bon pour tout le monde, et sur tout pour ceux qui écrivent si facilement que vous. Je salue M. F Avocat de tout mon cœur.

Suscrîption : A Monsieur Monsieur Fabbé le Vasseur, à Paris. (Deux cachets rouges : J. RAC, avec une soie rose.)

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