‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 312 sur 394 · Ce verset les neuf couplets qui suivent jusqu'au vers · texte numérisé non relu

Ce verset les neuf couplets qui suivent jusqu'au vers

Lorsqu'elles furent de retour,

sont imprimés ici pour la première fois. Ils avaient été retranchés dans le Recueil de Louis Racine, et remplacés par ces lignes de prose : « Vous savez la suite, vous savez que ce malheureux Pyrénée voulut faire violence aux Muses, et que pour les en garantir, les Dieux leur donnèrciil des ailes; et elles revolèrent aussitôt vers le Parnasse. » Nous ne notons pas les nombreuses corrections que la copie de Louis Racine nous a fournies , et qui nous ont permis de rétablir le véritahle texte des vers qu'il n'a pas supprimés dans son Recueil.

LETTRES

Et sans dissimuler longtemps,

« Je vous tiens, leur dit-il, mes belles. »

Il est à croire que les Muses Eurent sujet d'être confuses.

Un si farouche compliment Les étourdit étrangement.

« Hélas! disoient-elles entre elles, Nous ne serons donc plus pucelles. »

Elles essayèrent d'abord De lui donner horreur d'une action si noire, Lui promettant que sa mémoire Vivroit longtemps après sa mort.

« Je me moque de vos leçons, Leur dit-il, et de vos chansons :

Je ne prétends pas avoir place Dans les registres du Parnasse. »

Les Muses, qui jugeoient bien Qu'elles n'obtiendroient jamais rien Sur une âme si mal instruite, Gagnèrent toutes au plus vite Jusques au faîte du balcon D'où l'on découvroit l'Hélicon;

Et choisissant plutôt un glorieux trépas Que de se voir déshonorées, Les pauvres Muses éplorées S'alloient précipiter en bas.

Mais les Dieux, qui ne dormoient point. Leur envoyèrent bien à point A chacune une paire d'ailes , Qui d'un^si grand péril garantirent ces belles.

Leur persécuteur aveuglé Prétendoit voler sur leurs traces ;

LETTRES

Mais son dos n'étant point ailé, Sa chute punit son audace :

Les Muses cependant voloient sur le Parnasse.

Le mauvais temps étoit passé, Et ce fut un bonheur pour elles; Car si l'orage n'eût cessé, La pluie auroit gagné leurs ailes.

Et c'étoit fait des neuf pucelles.

Lorsqu'elles furent de retour,

Considérant le mauvais tour Que leur avoit joué cet infidèle prince, Elles firent serment que jamais en province

Elles ne feroient leur séjour.

En effet, se trouvant des ailes sur le dos, Elles jugèrent à propos De s'en aller, à la même heure.

Vers la ville où Pallas [avoit fait^] sa demeure.

Elles y [restjèrent' longtemps; Mais lorsque les Romains devinrent éclatants , Et qu'ils eurent conquis Athènes, Les Muses se firent Romaines.

Enfin, lorsqu'il plut au Destin Que Rome allât en décadence, Les Muses au pays latin Ne firent plus leur résidence.

6. Dans la copie, au lieu de aidait fait ^ que nous avons donné par conjecture, il y a faisait. Le vers étant faux ainsi, il y a un lapsus évident. Peut-être Racine a-t-il vouhi écrire : « faisoit lors. » Dans l'édition de Louis Racine, les deux derniers vers de la strophe sont :

De s'en aller, à la même heure, Où Pallas faisoit sa demeure.

7. Au lieu de restèrent, il y a demeurèrent dans la copie et dans l'édition de Louis Racine. C'est encore un vers faux, et par conséquent une inadvertance de l'auteur ou du copiste.

LETTRES. 491

Paris, le siège des amours, Devint aussi celui des filles de Mémoire; Et l'on a grand sujet de croire Qu elles y logeront toujours.

Quand je parle de Paris, j'y comprends tout le beau pays d'alentour; car quelque serment qu'elles aient fait de ne s'éloigner jamais des bonnes villes, cela n'empêche pas qu'elles n'en sortent de temps en temps pour prendre l'air de la campagne :

Tantôt Fontainebleau les voit Le long de ses belles cascades; Tantôt Vincennes les reçoit A l'ombre de ses palissades.

Elles vont souvent sur les eaux, Ou de la Marne, ou de la Seine; Elles étoient toujours à Vaux*, Et ne l'ont pas quitté sans peine.

Ne croyez pas pour cela que les provinces manquent de poëtes; elles en ont en abondance : mais que ces Muses sont différentes des autres! Il est vrai qu'elles leur sont égales en nombre, et elles se vantent même d'être presque aussi anciennes : au moins sont-elles depuis longtemps en possession des provinces. Vous êtes peut-être en peine de savoir qui elles sont. Vous n'avez qu'à vous souvenir des neuf filles de Piérus : leur histoire est connue au Parnasse ^, d'autant que les Muses prirent leurs noms après les avoir vaincues, comme les

8. Vaux-le- Vicomte, bien plus connu par les vers de la Fontaine, que par toutes les magnificences de Foucquet. Racine passe ici en revue les lieux que la Fontaine fréquentait le plus habituellement. (Note de Védiùon de 1807.)

9. Voyez les Métamorphoses d'Ovide, livre V, vers 3oo jusqu'à la fin du livre.

49^ LETTRES

fameux Romains prenoient les noms des pays qu'ils avoient conquis :

Ces filles*" étoient savantes, Coquettes et bien disantes, Au reste fort suffisantes.

Elles furent si hautaines Que de disputer le prix Aux Muses qui sont les reines Des arts et des beaux esprits.

Mais il leur coûta bien cher D'avoir été si hardies :

Les filles de Jupiter Les firent devenir pies.

Etre agaces leur parut Une fort vilaine chose, Et pas une ne se plut A cette métamorphose.

Toutefois cette figure Avoit grande liaison Avec leur démangeaison De parler outre mesure.

Elles partirent de là, Battant les ailes de rage, Et craignant outre cela Qu'on ne les retînt en cage.

Ces oiseaux, plus importuns Mille fois que les chouettes, Sont cause que les poètes Se sont rendus si communs.

lo. Ce couplet et les cinq suivants sont inédits. Louis Racine les avait remplacés dans son Recueil par cette phrase : « Les filles de Piérus furent changées en pies. »

LETTRES

Dessus les bords des étangs*^ Moins de grenouilles s'amassent, Et moins de corbeaux croassent Présageant le mauvais temps.

Tous ces petits avortons Jasent comme leurs maîtresses; Et la plupart sont larrons Comme elles sont larronnesses.

Vous savez que toutes pies De'robent fort volontiers :

Celles-ci, comme harpies, Pillent les livres entiers.

On dit même qu'à Paris Ces fausses Muses font rage, Et force menus esprits Se font à leur badinage.

Pour réprimer leur audace, Les Muses ont des chasseurs Qui, sous les noms de censeurs, Leur donnent souvent la chasse.

Lorsqu'elles sont attrapées.

Les ailes leur sont coupées.

Et leurs larcins confisqués;

Et pour finir cette histoire, Tels oiseaux sont relégués Delà les rives de Loire.

C'est où Furetière relègue leur général Galimatias*^, et il est bien juste qu'elles lui tiennent compagnie. Mais

1 1 . Ce couplet et le suivant sont aussi imprimés ici pour la première fois.

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