A RACINE
Gloire à Jésus et au Très-Saint Sacrement.
Ayant appris que vous aviez dessein de faire ici un
Lettre 42. — Cette lettre a été imprimée pour la première fois dans l'édition de 1807 des OEuvres de Racine. L'éditeur ne dit point s'il a eu l'autographe entre les mains ; et nous ignorons si le texte de la lettre a été exactement suivi. — i. Voyez ci-dessus, p. 372, la note 7 de la lettre i. La tante de Racine était alors cellérière à Port-Royaî. Son neveu reçut d'elle sans doute bien des lettres semblables. Dans sa lettre du i3 septembre 1660, Racine, on s'en souvient, parle (p. 38i) des excommunications qu'il recevait de Port-Royal. Vers la fin de sa vie, il écrivait à Mme de Maintenon : « C'est elle {la Mère Agnès de Sainte-Thècle) dont Dieu s'est servi pour me tirer de l'égarement et des misères où j'ai été plongé pendant quinze années. »
2. L'éditeur de 1807 a, par conjecture, daté cette lettre de i665 ou 1666. Il nous semble probable qu'elle est antérieure à la querelle avec Nicole, et même aux débuts de Racine dans la carrière du théâtre (juin 1664), puisqu'il ne s'y trouve aucune allusion ni à l'un ni à l'autre de ces faits. On pourrait faire remonter la date plus haut encore que i663, les lettres de Racine écrites en 1660 nous apprenant que dès lors il fréquentait les comédiens. Cependant sa tante lui reproche de les fréquenter plus que jamais : il n'était donc pas alors au commencement de ses liaisons avec eux. Il peut sembler aussi que la lettre a été écrite après la mort de la grand'mère de Racine, qui n'y est pas nommée, du moins expressément. En deux passages cependant la sœur de Sainte-Thècle dit uous^ et,
5io LETTRES.
voyage, j'avois demandé permission à notre Mère de vous voir, parce que quelques personnes nous avoient assurées que vous étiez dans la pensée de songer sérieusement à vous, et j'aurois été bien aise de l'apprendre par vous-même, afin de vous témoigner la joie que j'aurois, s'il plaisoit à Dieu de vous toucher. Mais j'ai appris, depuis peu de jours, une nouvelle qui m'a touchée sensiblement. Je vous écris dans l'amertume de mon cœur, et en versant des larmes que je voudrois pouvoir répandre en assez grande abondance devant Dieu pour obtenir de lui votre salut, qui est la chose du monde que je souhaite avec le plus d'ardeur. J'ai donc appris avec douleur que vous fréquentiez plus que jamais des gens dont le nom est abominable à toutes les personnes qui ont tant soit peu de piété, et avec raison, puisqu'on leur interdit l'entrée de l'église et la communion des fidèles, même à la mort, à moins qu'ils ne se reconnoissent. Jugez donc, mon cher neveu, dans quel état je puis être, puisque vous n'ignorez pas la tendresse que j'ai toujours eue pour vous, et que je n'ai jamais rien désiré, sinon que vous fussiez tout à Dieu dans quelque emploi honnête. Je vous conjure donc, mon cher neveu, d'avoir pitié de votre âme, et de rentrer dans votre cœur, pour y considérer sérieusement dans quel abîme vous vous êtes jeté. Je souhaite que ce qu'on m'a dit ne soit pas vrai; mais si vous êtes assez malheureux pour n'avoir pas rompu un commerce qui vous déshonore devant Dieu et devant les hommes, vous ne devez pas penser à nous venir voir; car vous savez bien que je ne pourrois pas vous parler, vous sachant dans un état si déplorable et si contraire au christianisme. Cependant
si ce pluriel peut s'entendre dans plusieurs sens, il peut signifier aussi: «votre grand'mère et moi. » Au résumé, nous devons reconnaître que la date de cette lettre est fort incertaine.
LETTRES
5ii
je ne cesserai point de prier Dieu qu'il vous fasse miséricorde, et à moi en vous la faisant , puisque votre salut m'est si cher.
DE RACINE A MARIE RACINE. ,^qq^
A Paris, le 9*^ janvier [1664^].
Ma très-chère soeur,
J'étois à la campagne ^ lorsque votre dernière lettre est venue, et ce voyage a été cause que j'ai été un peu longtemps sans vous écrire. Vous pouvez croire que je n'ai pas laissé de penser à vous durant tout ce temps-là. Je voudrois pouvoir vous le témoigner bien autrement que je ne le fais, et ne vous pas envoyer pour si peu de chose; mais il faut un peu attendre que mes affaires se fassent, comme j'espère qu'elles se feront tôt ou tard^; et je n'aurai jamais de bonne fortune que vous ne vous en ressentiez, si je puis, aussi bien que moi. Je ne m'étonne pas que mon oncle ^ ne vous ait rien dit de moi. Il
Lettre 43 (revue sur l'autographe, conservé à Soissons). I. Cette lettre est antérieure à l'année 1667, qui fut celle de la mort de Pierre Sconin, chez qui elle est adressée. Nous la croyons de 1664. Le cachet noir qu'on y remarque conviendrait à ce temps où Racine devait porter encore le deuil de sa grand'mère Marie des Moulins.
2. Au commencement de la lettre 41 (p- ^07), qui est de la fin de 1 663, Racine parlait d'un très-prochain voyage qu'il allait faire. C'est une indication de plus en faveur de la date qui nous a paru probable pour cette lettre- ci.
3. Il est assez difficile de savoir de quel oncle il s'agit; mais nous sommes porté à croire que c'est de Claude Racine (voyez cidessus, p. 5oi, la note 6 de la lettre 38). Le compte sur lequel, d'après un passage de cette lettre, on était en désaccord, semblerait être un compte de partage après la mort de Marie des Moulins, mère de Claude Racine.
LETTRES
" s'en est allé fort en colère : non pas que je lui en aie donné du sujet, car je Tai traité avec tout le respect possible; mais je ne crois pas quil ait beaucoup d'alFection pour moi. Il me voulut reprocher que j'avois mangé tout son bien; je ne lui répondis rien, mais mon cousin* le querella^ de belle manière, et le fit bien repentir de ce beau langage. J'en étois assez honteux pour lui. Et le lendemain il s'en alla sans nous dire adieu. Ne dites pas un mot de tout cela à personne ; car cela est un peu de conséquence. Mon cousin lui remontra encore combien il s'abusoit pour notre compte. Je crois qu'on le terminera bientôt, et j'y ferai tout mon possible, quoiqu'il ne nous importe guère qu'il se termine si tôt. Mandez-moi, je vous prie, des nouvelles de ma cousine Hennequin^; j'en suis fort en peine. Faites aussi mes baisemains à ma cousine sa sœur''. Mlle Vitart vous baise les mains. J'écrirai demain au P. Adrien^,