DE RACINE A BOILEAU
A Paris, ce a 5® juillet [1687].
Je commençois à m'ennuyer beaucoup de ne point recevoir de vos nouvelles, et je ne savois même que répondre à quantité de- gens qui m'en demandoient. Le Roi, il y a trois jours, me demanda à son dîner comment alloit votre extinction de voix. Je lui dis que vous étiez à Bourbon. Monsieur prit aussitôt la parole, et me lit là-dessus force ^ questions, aussi bien que Madame^, et vous fîtes l'entretien de plus de la moitié du dîner. Je me trouvai le lendemain sur le chemin de M. de Louvois , qui me parla aussi de vous , mais avec beaucoup de bonté , et me disant , en propres mots , qu'il étoit très-fàclîé que cela durât si longtemps. Je ne vous dis rien de mille autres qui me parlent tous les jours de vous; et quoique j'espère que vous retrouverez bientôt votre voix toute entière, je doute que vous en ayez jamais assez pour suffire à tous les remerciements que vous aurez à faire. Je me suis laissé débaucher par M. Félix pour aller demain avec le Roi à Maintenon.
Lettre 66 (revue sur l'autograplie, conservé à la Bibliothèque impériale) . — i . Ici encore Racine a écrit forces. Yoyez la note i de la page 102. Nous y avons parlé des exemples de cette irrégularité d'orthographe qui se trouvent dans les lettres de la jeunesse de Racine ; mais on voit ici que beaucoup plus tard il écrivait encore de même.
2. Elisabeth-Charlotte de Bavière, seconde femme de Monsieur, et mère du duc d'Orléans, alors duc de Chartres, et depuis régent. J. Racine, vi 36
LETTRES
C'est un voyage de quatre jours'*. M. de Terme nous j
mène dans son carrosse, et j'ai aussi débauché M. Hes- i
sin* pour faire le quatrième. Il se plaint toujours beau- ii coup de ses vapeurs, et je vois bien qu'il espère se soula- , a
ger par quelque dispute de longue haleine ; mais je ne suis e
guère en état de lui donner contentement, me trouvant n toujours assez ^ incommodé de ma gorge dès que j'ai parlé j d un peu de suite. Cela va pourtant mieux que quand vous ' u êtes parti, mais je ne suis pas encore hors d'alFaire. Ce \ a
qui m'embarrasse, c'est que M. Fagon et plusieurs au- L
très médecins très-habiles m'avoient ordonné , comme li
vous savez, de boire beaucoup d'eau de Sainte-Reine ^ et |e des tisanes de chicorée ; et j'ai trouvé chez M. Nicole un
médecin qui me paroît fort sensé, qui m'a dit qu'il con- y(
noissoit mon mal à fond, et qu'il en a guéri plusieurs ,1
gens en sa vie , et que je ne guérirois jamais tant que Jj
je boirois ni eau ni tisane ; que le seul moyen de sortir j,,
d'affaire, c'étoit de ne boire que pour la seule néces- ^
sité , et tout au plus^ pour détremper les aliments dans jj,
l'estomac. Il m'a appuyé cela de quelques raisonne- jV ments qui m'ont paru assez solides. Ce qui est arrivé de là, c'est que présentement je n'exécute ni son ordon-
nance ni celle de M. Fagon. Je ne me noie plus d'eau ,0
comme je faisois^ ; je bois à ma soif, et vous jugez bien p
3. « Le 26 du mois dernier (juillet)^ le Roi alla à Maint enon, et Sa Majesté en revint le 3o, après y avoir visité les travaux de l'aqueduc, et fait la revue des troupes qui y sont employées. » ^ {Gazette du 2 août 1687.)
4. M. Hessein, leur ami commun, et frère de Mlle de la Sablière, avoit beaucoup d'esprit et de lettres; mais il aimoit à disputer et à contredire. {Note de Louis Racine.) — Pierre Hessein était secrétaire
du Roi. On écrit quelquefois son nom Hesselin. j.