‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 365 sur 394 · DE RACINE A BOILEAU · texte numérisé non relu

DE RACINE A BOILEAU

A Paris, ce 4. août [1687].

Je suis ravi des bonnes espérances que Ton continue de vous donner, et du soulagement que vous ressentez déjà à votre poitrine. Je ne doute pas que la difficulté de parler ne soit encore plus aisée à guérir que la difficulté de respirer. Je n'ai point encore vu M. Fagon depuis que j'ai reçu de vos nouvelles, oui bien M. Daquin% qui trouve fort étrange que vous ne vous soyez pas mis entre les mains de M. des Trapières^. Il est bien en peine même qui peut vous avoir adressé à M. Bourdier. Je jugeai à propos, tant il étoit en colère^,

Ltittte 69 (revue sur ] 'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. Antoine d'Aquin, premier médecin du Roi, prédécesseur de Fagon dans cette charge.

2. On verra plus loin (p. 694), dans la lettre de Boileau du 2 3 août suivant , qu'il finit par demander quelques conseils à ce médecin, peut-être pour ne pas mécontenter M. d'Aquin. — Vicq dAzir, dans la Suite des Éloges (imprimée en l'an vi , in-4°) , vii^ cahier, parle d'un Guillaume-Martin Destrapières, dojen du collège de médecine à la Rochelle, né en avril 171 2, à Bourbon-l'Archambauld, de Jean-François Destrapières, lieutenant général du bailliage de la même ville. « L'un de ses aïeux, dit-il, était le premier médecin de Gaston, frère de Louis XIII. » Si le Destrapières dont parle ici Racine n'est pas ce dernier (il eût été assez vieux en 1687), c'est assurément du moins un médecin de la même famille.

3. Ce membre de phrase a été ajouté par Racine, au-dessus de la ligne.

LETTRES

de ne lui pas dire un mot de M. Fagon. J'ai fait le voyage de Maintenon *, et suis fort content des ouvrages que j'y ai vus : ils sont prodigieux et dignes, en vérité, de la magnificenee du Roi. Il y en a encore, dit-on, pour deux ans^. Les arcades qui doivent joindre les deux montagnes vis-à-vis de Maintenon sont presque faites : il y en a quarante-huit ; elles sont fort hautes et bâties pour l'éternité. Je voudrois qu'on eût autant d'eau à faire passer dessus, qu'elles sont capables d'en porter. Il y a là près de trente mille hommes qui travaillent^, tous gens bien faits, et qui, si la guerre recommence, remueront plus volontiers la terre devant quelque place sur la frontière, que dans les plaines de Beausse. J'eus l'honneur de voir Mme de M.'^, avec qui je fus une bonne partie d'une après-dînée, et elle me témoigna même que ce temps-là ne lui avoit point duré. Elle est toujours la même que vous l'avez vue, pleine d'esprit, de raison, de piété, et de beaucoup de bonté pour nous. Elle me demanda des nouvelles de notre travail : je lui dis que votre indisposition et la mienne, mon voyage de Luxembourg et votre voyage de Bourbon nous avoient un peu reculés, mais que nous ne perdions pas cependant notre temps. A propos de Luxembourg, j'en viens de recevoir un plan, et de la place et des attaques^, tout cela dans la dernière exactitude.

Je viens aussi tout à l'heure d^ recevoir une lettre de Versailles, d'où l'on me mande une nouvelle fort surprenante et fort affligeante pour vous et pour moi :

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