DE RACINE A BOILEAU
A Paris, ce 8e août [1687].
Mme Manchon ^ vint avant-hier me chercher, fort alarmée d'une lettre que vous lui avez écrite ^, et qui est en effet bien différente de celle que j'ai reçue de vous. J'aurois déjà été à Versailles pour entretenir M. Fagon; mais le Roi est à Marly depuis quatre jours, et n'en reviendra que demain au soir : ainsi je n'irai qu'après -demain matin, et je vous manderai exactement tout ce qu'il m'aura dit. Cependant je me flatte que ce dégoût et cette lassitude dont vous vous plaignez n'auront point de suite, et que c'est seulement un effet que les eaux doivent produire quand l'estomac ^ n'y est pas encore accoutumé. Que si elles continuent à vous faire mal, vous savez ce que tout le monde vous dit én partant, qu'il falloit les quitter en ce cas, ou tout du moins les interrompre. Si par malheur elles ne vous guérissent pas, il n'y a point lieu encore de vous décourager, et vous ne seriez pas le premier qui, n'ayant pas été guéri sur les lieux, s'est trouvé guéri étant de retour chez lui. En tout cas, le sirop à' erisimum n'est point assurément une vision. M. Dodart, à qui j'en parlai il y a trois jours, me dit et m'assura- en conscience que ce M. Morin qui m'a parlé de ce remède est sans doute le plus habile médecjn qui soit dans Paris, et le moins charla-
Lettre 70 (revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. Voyez ci-dessus, p. 667, note 16 de la lettre 67.
2. Cette lettre, datée de Bourbon, 3i juillet 1687, à Mme Manchon, se trouve au tome IV des OEuvres de Boileau (édition Berriat- Saint-Prix), p. 23-26. Boileau y dit que les eaux lui « ont causé de fort grandes lassitudes dans les jambes, » qu'il « demeure toujours sans voix, avec très-peu d'appétit et une assez grande foiblesse de corps. »