DE BOILEAU A RACINE
A Bourbon, 9^ août [1687].
Je vous demande pardon du gros paquet que je vous envoie; mais M. Bourdier mon médecin a cru qu'il étoit de son devoir d'écrire à M. Fagon sur ma maladie. Je lui ai dit qu'il falloit que M. Dodart vît aussi la chose : ainsi nous sommes convenus de vous adresser sa relation, avec un cachet volant, afin que vous la fissiez voir à l'un et à l'autre. Je vous envoie un compliment pour M. de la Bruyère ^ J'ai été sensiblement afiQigé de
ï3. Germain Billard, avocat renommé; il avait marié une de ses filles à Jérôme Bignon, qui fut prévôt des marchands de la ville de Paris en 1708; l'autre à Louis Chauvelin, père du garde des sceaux. [Note de Pédition de 1807.)
Lettre 71 (revue sur l'autographe, conservé à la Bibliothèque impériale). — i. Germain Garnier veut que ce compliment soit « sur son livre des Caractères^ qui venait, dit-il, de paraître. » Mais c'est une erreur. Le privilège pour l'impression de ce livre ne fut
LETTRES
la mort de M. de Saint-Laurent. Franchement, notre siècle se dégarnit fort de gens de mérite et de vertu ; et sans ceux qu'on a étouffés sous prétexte de J.^, en voilà un grand nombre que la mort a enlevés depuis peu. Je plains fort le pauvre M. de Sainctot^.
Je ne vous dirai point en quel état est ma poitrine, puisque mon médecin vous en écrit tout le détail : ce que je vous puis dire, c'est que ma maladie est de ces sortes de choses quse non recipiunt magis et minus'* ^ puisque je suis environ au même état que j'étois lorsque je suis arrivé. On me dit pourtant toujours, comme à Paris , que cela reviendra, et c'est ce qui me désespère, cela ne revenant point. Si je savois que je dusse être sans voix toute ma vie, je m'afïiigerois sans doute, mais je prendrois ma résolution, et je me trouverois peut-être moins malheureux que dans un état d'incertitude qui ne me permet pas de me fixer, et qui me laisse toujours comme un coupable qui attend le jugement de son procès. Je m'efforce pourtant de traîner ici ma misérable vie du mieux que je puis, avec un abbé très-honnête homme, qui y est trésorier d'une Sainte- Chapelle ^, mon médecin et mon apothicaire. Je passe le temps avec eux à peu près comme don Guichot^ le
obtenu que le 8 octobre 1687, et la première édition fut publiée seulement en 1688 : voyez les OEiwi-es de la Bruyère^ édition de M. Servois, tome I, p. g i et 92.
2 . On a généralement imprimé jansénisme. Boileau s'est contenté de l'initiale.
3. Nicolas de Sainctot, maitre des cérémonies, plus tard introducteur des ambassadeurs; mort en 1718, âgé de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-six ans. Il était sans doute lié d'amitié avec Saint- Laurent.