‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 391 sur 394 · DE BOILEAU A RACINE · texte numérisé non relu

DE BOILEAU A RACINE

• A Bourbon, ae septembre [1687].

Ne vous étonnez pas, Monsieur, si vous ne recevez pas les réponses à vos lettres aussi promptes que peutêtre vous souhaitez, parce que la poste est fort irrégulière à Bourbon, et qu'on ne sait pas trop bien quand il faut écrire. Je commence à songer à ma retraite. Voilà tantôt la dixième fois que je me baigne, et à ne vous rien celer, ma voix est tout au même état que quand je suis arrivé. Le monosyllabe que j'ai prononcé n'a été qu'un effet de ces petits tons que vous savez qui m'échappent quelquefois quand j'ai beaucoup parlé, et mes valets ont été un peu trop prompts à crier miracle. La vérité est pourtant que le bain m'a renforcé les jambes

Lettre 79 . — i . Cette lettre est une de celles dont l'autographe ne se trouve plus à la Bibliothèque impériale, qui l'a possédé autrefois (voyez ci-dessus, p. 545 et546,la note i de la lettre 61 .) Nous avons suivi le texte donné par Berriat-Saint-Prix , d'après le manuscrit. Nous avons eu sous les yeux aussi le texte de M. Laverdet, publié sur la copie de Jean-Baptiste Racine.

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j (38 ^ et fortifié la poitrine ; mais pour ma voix, ni le bain ni la boisson des eaux ne m'y ont de rien servi. Il faut donc s'en aller de Bourbon aussi muet que j'y suis arrivé. Je ne saurois vous dire quand je partirai : je prendrai brusquement mon parti, et Dieu veuille que le déplaisir ne me tue pas en chemin ! Tout ce que je vous puis dire, c'est que jamais exilé n'a quitté son pays avec tant d'aiïliction que je retournerai au mien. Je vous dirai encore plus, c'est que, sans votre considération, je ne crois pas que j'eusse jamais revu Paris, où je ne conçois aucun autre plaisir que celui de vous revoir. Je suis bien fâché de la juste inquiétude que vous donne la fièvre de Monsieur votre jeune fils ^. J'espère que cela ne sera rien. Mais si quelque chose me fait craindre pour lui, c'est le nombr^'' de bonnes qualités qu'il a, puisque je n'ai jamais vu d'enfant de son âge si accompli en toutes choses. M. Marchand est arrivé ici samedi. J'ai été fort aise de le voir ; mais je ne tarderai guère à le quitter. Nous faisons notre ménage ensemble ; il est toujours aussi bon et aussi méchant homme que jamais. J'ai su par lui tout ce qu'il y a de mal à Bourbon, dont je ne savois pas un mot à son arrivée. Votre relation de l'afiPaire de Hongrie^ m'a fait un très-grand plaisir, et m'a fait comprendre en très-peu de mots ce que les plus longues relatioîisne m'auroient peut-être pas appris. Je l'ai débitée à tout Bourbon, où * il n'y avoit qu'une relation d'un

2. Il parle de mon frère aîné. {Note de Louis Racine.) — Jean-Baptiste Racine, né le ii novembre 1678, avait alors près de neuf ans.

3 . Cette relation que Racine avait faite de la victoire du duc de Lorraine, Charles V, à Moliacz, se trouvait probablement dans une lettre écrite à Boileau depuis celle du 24 août, et qui n'a pas été conservée.

4. Où manque dans le texte donné par M. Laverdet ; mais il est probable qu'il est bien dans l'original, et qu'une correction de Boileau l'a plus tard fait disparaître, à cause de l'autre oh qui suit.

LETTRES

commis de M. Jacques^, où, après avoir parlé du grand visir, on ajoutoit entre autres choses, que ledit çisir voulant réparer le grief qui lui auoit été fait^ etc. Tout le reste étoit de ce style. Adieu, mon cher Monsieur. Aimez-moi toujours, et croyez que vous êtes ma seule consolation ^ .

Je vous écrirai en partant de Bourbon, et vous aurez de mes nouvelles en chemin. Je ne sais trop le parti que je prendrai à Paris. Tous mes livres sont à Auteuil, où je ne puis plus désormais aller les hivers. J'ai résolu de prendre un logement pour moi seul. Je suis las franchement d'entendre le tintamarre des nourrices et des servantes^. Je n'ai qu'une chambre et point de meubles au cloître où je suis^. Tout ceci soit dit entre nous; mais cependant je vous prie de me mander voire avis. N'ayant point de voix, il me faut du moins de la tranquillité. Je suis las de me sacrifier au plaisir et à la commodité d' autrui. Il n'est pas vrai que je ne puisse

5. Entrepreneur des vivres dans l'armée du duc de Lorraine. {Note de V édition de 1807.)

6. Le texte de cette lettre s'arrête ici dans le livre de M. Laverdet, qui après le mot consolation donne la signature : Despréaux.

7. Ceci annonce qu'il demeurait, au moins pendant le jour, dans la maison de son neveu Dongois, cour du Palais. Mme Gilbert de Voisins, fille de celui-ci et habitant avec lui, avait alors deux fils âgés seulement, l'un de deux et l'autre de trois ans. {Note de Berriat-Saint-Prix.)

8 . La suscription de quelques lettres adressées à Boileau montre qu'il logeait au cloître Notre-Dame, chez l'abbé de Dreux, chanoine de l'église de Paris. — ~ Boileau avait pris cette chambre {au cloître Notre-Dame) au mois d'octobre i683, comme nous l'apprenons par une lettre que lui écrivit Maucroix le 2 novembre suivant, et qui est dans les manuscrits de Brossette. Dongois l'engagea sans doute à conserver en même temps un appartement chez lui,''*et à y vivre, de sorte que, selon toute apparence, la chambre du cloître ne lui servait que pour la nuit. {Note de Berriat-Saint'Prix.)

LETTRES

1687 ^^^^^ vivre et tenir seul mon ménage : ceux qui le croient se trompent grossièrement. D'ailleurs je prétends désormais mener un genre de vie dont tout le monde ne s'accommodera pas. J'avois pris des mesures que j'aurois exécutées, si ma voix ne s'étoit point éteinte. Dieu ne Ta pas voulu. J'ai honte de moi-même, et je rougis des larmes que je répands en vous écrivant ces derniers mots.

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