‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 68 sur 394 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

REMARQUES

Dieux ne se nourrissant pas d'une nourriture commune aux hommes. Calypso lui dit alors : Ulysse, vous voulez donc vous en aller? faites ce que vous voudrez, mais assurez-vous que vous aurez bien à souffrir devant que d'arriver chez vous : au lieu que vous seriez ici à votre aise, et vous seriez immortel, quoique vous ayez tant d'envie de revoir votre femme, après qui vous soupirez tous les jours. Toutefois je ne crois point lui céder en rien, soit pour le corps, soit pour l'esprit ; car une femme mortelle ne disputeroit pas de la beauté et de la taille du corps avec des déesses. — Je sais tout cela, répond Ulysse , et que la sage Penelopé vous est beaucoup inférieure en beauté et en majesté, ou en riche taille :

EÎSoç à/iovoT£pr] [j.sY£06ç x' ziç, àvta lolaÔai •

'H [j.£V yàp [3poT6; laii, au 8' àôàvatoç xai ayrjpwç. [Vers 217 et 218.]

Avec tout cela, je souhaite passionnément de voir le jour de mon retour ; et s'il faut que je souffre, je souffrirai, ayant l'âme assez patiente; car j'ai déjà beaucoup souffert, et je veux bien souffrir encore cela :

Ku[jLaai xa\ 7i:oXé[ji.to • |jl£ioc xai t6S£ Toîbt y£V£a6(0. [Vers 222-224-]

On voit là un beau caractère d'un esprit fort et résolu qui ne craint point les traverses. Le soleil se couche, et alors se retirant tous deux au fond de la grotte,

T£p7i:éa6riv oikàxfiiif :rap' aXXv^Xoiai [i.évoVT£. [Vers 227.]

Dès le matin Ulysse s'habille, et Calypso lui met elle-même de fort beaux habits ; puis elle lai donne une hache à manche d'olivier, une scie, et le mène en un endroit de l'île oii il y avoit force* arbres secs, qu'il coupe pour en faire son vaisseau. Calypso lui donne encore un vilebrequin et des clous, tant Homère est exact à décrire les moindres particularités :

I. Racine a écrit forces. C'était une faute alors comme aujourd'hui. Nous l'aurions attribuée ici à une simple distraction, si nous ne l'avions retrouvée quelques pages plus loin, et dans les lettres que Racine écrivait à peu près dans le même temps.

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE. io3

ce qui a bonne grâce dans le grec , au lieu que le latin est beaucoup plus réservé, et ne s'amuse pas à de si petites choses. La langue sans doute est plus stérile, et n'a pas des mots qui expriment si heureusement les choses que la langue grecque ; car on diroit qu'il n'y a rien de bas dans le grec, et les plus viles choses y sont noblement exprimées. Il en va de même de notre langue que de la latine ; car elle fuit extrêmement de s'abaisser aux particularités, parce que les oreilles sont délicates et ne peuvent souffrir qu'on nomme des choses basses dans un discours sérieux, comme une coignée, une scie et un vilebrequin. L'italien, au contraire, ressemble au grec, et exprime tout, comme on peut voir dans l'Arioste , qui est en son genre un caractère tel que celui d'Homère.

Enfin Ulysse bâtit adroitement son vaisseau ; et on apprend de là qu'il n'est point messéant à un grand homme de savoir faire les plus petites choses , parce que la nécessité les rend souvent très-importantes, comme en cette occasion, où vraisemblablement Ulysse n'auroit pu sortir de cette île déserte, s'il n'eût su lui-même se faire un vaisseau aussi bien que le plus habile charpentier du monde, comme dit Homère. Il travailla durant trois jours, et au quatrième tout fut fait, et le monta en mer avec des leviers, [AO/^Xoïatv^. Tout le bâtiment de ce vaisseau est décrit par le menu. Calypso le pourvoit de vivres et lui envoie un vent favorable ; et il part et met les voiles au vent. Il s'assit sur la poupe, et gouverne adroitement le timon, sans souffrir que le sommeil lui fermât les yeux, observant les Pléiades , et le Boote , qui se couche tard , et l'Ourse, qu'on appelle le Chariot, qui est là auprès, et qui regarde l'Orion, et qui est la seule qui ne se mouille point dans les eaux de l'Océan. Il navigua sept jours durant, et au huitième il aperçut la terre de Pliéaque, qui paroissoit de loin, sur cette mer obscure, sous la forme d'un bouclier. Mais par malheur, comme Junon dans Virgile^, Neptune le voit en rev^ nant d'Ethiopie, par terre sans doute, car il le vit de la montagne de Solyme.

Et comme il étoit fort irrité contre lui à cause qu'il avoit

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