‹ Œuvres; (volume 3)Chapitre 92 sur 394 · Vers 27. — 3. Vers · texte numérisé non relu

Vers 27. — 3. Vers

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

par trois fois chacun de leurs compagnons qui leur manquoient. Quand ils furent en haute mer, la tempête vint ; ils furent obligés de prendre terre et d'attendre le vent durant deux jours et deux nuits :

KeffJLsô' ô[JLOu xa{j,dcTto xs v.cà dXys.Gi Gufxbv l'Sovxsç. [Vers jS.]

Au troisième jour, il se remit en mer, et le vent le poussa, à la fin, à la terre des Lotophages ; il envoya quelques-uns de ses compagnons pour savoir quels peuples c'étoient. Les Lotophages ne leur firent point d'autre mal que de leur faire manger de leur fruit. Ce pays est une île devers l'Afrique, appelée ainsi à cause d'un fruit qu'elle porte, que les Grecs appellent lotos. Il est si délicieux que cela a donné lieu à la fable de dire que ceux qui en avoient une fois mangé ne se souvenoient plus de leur pays. Il y a en Egypte une herbe qui porte le même nom, et qu'Homère met au nombre de celles qui naissent pour le plaisir des Dieux, à ce que dit Pline, 1. 22, c. 21 . En effet, Homère, au [livre] 14» de V Iliade, parlant de Jupiter et de Junon, dit ces paroles :

Total 8' uTcb 5(9wv 8îa ©uev vsoGrjXIa Tîofrjv, Acaxdv 6^ IptJî^svTa, lôs xp6xov, :^8' uaxtvOov Iluxvbv xa\ (jLaXaxbv, ôç /^Govbç u']^6a' ^epys

Mais en cet endroit de l'Odyssée, c'est un arbre qui portoit ce fruit merveilleux, qui fait oubHer toutes choses à ceux qui en mangent, de sorte qu'ils veulent demeurer avec les Lotophages. Ulysse fut obligé de ramener par force ses compagnons, qui pleuroient, et de les Her dans leurs vaisseaux ; et faisant rentrer tous les autres de peur qu'ils ne mangeassent de ce fruit, ils s'en allèrent devers l'île des Cyclopes, qu'il appelle des tyrans et des gens sans lois, lesquels, dit-il, se fiant aux Dieux immortels, ne plantent et ne labourent point de leurs mains :

0" pa Bsoïai 7r£TOiG6TSç àôav(^toiariv, 05t£ <puT£uouacv /£pa\v (puxbv, oùV àp6waiv. [Vers 107 et 108.]

On dit que la Sicile fut autrefois habitée par des gens cruels I. Iliade, livre XIV, vers 347-349-

REMARQUES

et barbares, qui ont donné lieu à la fable des Cyclopes. Et s'il dit ici qu'ils se fioient aux Dieux immortels, c'est à dire à la nature et à la bonté du territoire; car on voit bien ensuite qu'ils se moquoient des Dieux. Aussi il dit que tout y venoit sans être semé ni cultivé, comme le blé, l'orge et le vin, auxquels la pluie donne de l'accroissement; mais pour eux, ils n'ont aucunes lois ni aucune police :

Toîaiv S' o{)t' dtyopa\ PouXricp6pot, ours GlfjiiaTeç'

!\XX' o^y' u'^'yi^wv 6pétov vafouai xdtprjva,

'Ev aTiéaat yXacpupoîat • GepiiaTeusi Bè ïy.txoxoç

Ilafâtov ■^S' dcX6/^tov, oùo' ÏXXt^Xwv (JX^youci. [Vers ii2-ii5.]

Et assez près de là il y a une petite île, toute couverte d'arbres, et pleine de biches et de chevreuils, qui ne sont point troublés par les chasseurs, qui se travaillent et se peinent* en courant sur le faîte des montagnes, ni par les bergers, ni par les laboureurs. Mais cette île n'étant point cultivée, est déserte d'hommes, et n'est habitée que par des chèvres; car les Cyclopes n'ont point de navires peintes, {jMXTOTrapvjoi*, ni d'ouvriers qui leur en puissent bâtir, afin de voyager sur la mer, comme font les autres hommes ; car ils cultiveroient cette île, qui de soi n'est point mauvaise, et qui porteroit de chaque chose en sa saison :

<E>lpoi 81 xev copia Tidcvra • 'Ev [xsv yàp XsipLwvsç àXbç îroXioto Ttap' ôy^Oaç *ï5priXo\, |JLaXaxo{- [jLdcXa x' à'cp9txoi à'piTrsXot sîsv. 'Ev 8' dcpoaiç Xe(r) • (jLdcXa xsv paôu Xv^Vov alû Elç &paç dc(ji.6)sv, lm\ (jLdcXa TzCap un' oOSaç. [Vers i3i-i35.]

Elle a [un] port fort commode, et où il n'est besoin ni de câble ni d'ancre, mais on y peut' demeurer tant qu'on veut et y attendre le vent; et là, sous une grotte, il y a une claire fontaine entourée d'aunes : c'est là où aborda Ulysse.

Kaf Ttç ôsbç 7)Ye[i6v£U£ Nuxxa 8i' ôpcpvafrjV oùoè Tipoucoa^VEt' ?8éa6ar 'Arjp yàp TTEpI vr]ua\ paGsî" ^v, ouBè QÙrivri

1. Dans le manuscrit -.penent. — M. Aimé-Martin a mis : « et se paissent. »

2. Vers 125. — 3. Racine a écrit par mégarde : « on n'y peut. »

SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE

OùpavoOsv ;cpoJ)<paiV£ • y.axdyj.xo yàp vscpssaaiv.

OùV ouv xufxara [ji.axpà xuXiv86[X£va ttotc x.^paov

Eiafôo{j.£V, Tcp'tv vrjaç euaaéXjJLOuç Ircr/iXaai. [Vers 142-148.]

Virgile a imité cette description d'une nuit obscure, lorsqu'il fait aussi aborder Enée à l'île des Cyclopes :

Ignarique vise Cyclopum allab'imur oris

Nam neque erant astrorum ignés ^ nec lucidus sethra

Siderea polus ; obscuro sed nuhila cœlo;

Et lunam in nimbo nox intempesta tenebat ' ,

Mais celle d'Homère paroît beaucoup plus achevée, et entre plus dans le particulier ; car la description de Virgile peut aussi bien venir sur la terre que sur la mer; mais celle d'Homère revient parfaitement à une nuit sur la mer. Ce qui rend celle de Virgile fort belle, c'est ce grand bruit du mont Etna qu'on entendoit durant la nuit, sans pouvoir discerner ce que c'étoit :

Nec quse sonitiim det causa videmus ^.

Quand il est jour, Ulysse prend terre dans cette île, et en admire la beauté. Les Nymphes lui suscitent des chevreuils pour le dîner de ses gens. Aussitôt ils prennent leurs arcs et leurs haches et courent après; et Dieu leur donne une fort belle chasse. Il avoit douze vaisseaux, et il départit neuf chevreuils à chacun, et on lui en donne dix pour le sien. Ils demeurent là jusqu'au soir à faire graiid'chère ^ ; car ils avoient encore beaucoup de vin de réserve, qu'ils avoient pris au pillage d'Ismare, ville des Cicons. Il jette la vue sur l'île des Cyclopes, et il voit la fumée qui en sort, et il entend le bruit des chèvres et des brebis. Il attend encore la nuit et le lendemain au matin, et il fait demeurer là le reste de ses vaisseaux, et s'en va avec le sien pour voir qui sont les habitants de cette île. Quand ils sont arrivés au bord, ils voient une grande grotte ombragée de lauriers, et là dormoient grand nombre de brebis et de chèvres, et attenant* de cette grotte

Page 1