Il y a dans le manuscrit : entenant^ en un seul mot
J. Raci>e. VI 10
étoit bâtie une espèce de grande salle, où étoit couché un homme prodigieusement grand, lequel habitoit loin du voisinage des autres, car il étoit fort méchant; et c' étoit une chose étrange combien il étoit grand; et il ne ressembloit pas à un homme qui mange du pain, c'est-à-dire à un homme commun, àvopi yz (nTO'i)ayw*, mais plutôt à une haute montagne séparée des autres. Ulysse commande à ses gens de l'attendre, et en ayant pris douze avec lui, il s'y en alla, après avoir pris un vaisseau de vin noir, [xsXavo!; ^, et fort déhcieux, que lui avoit donné Maron, prêtre d'Apollon, à cause qu'il avoit sauvé lui, sa femme et ses enfants; car il demeuroit à Ismare, dans un bois sacré à Apollon. Il fit de beaux présents à Ulysse, sept talents d'or travaillé, une coupe d'argent, et douze vaisseaux d'un vin doux et sans mélange, ou incorruptible,
*H8uv, dtxrjpdcatov, ôsïov tot6v [vers aoS] ;
et pas un de ses valets ni de ses servantes ne savoit qu'il l'eût; et il n'y avoit que lui :
"^AlV aÙT6ç t', à'Xo/6ç irs cpfXrj, ta^A^r) tê [xV ol'r; [vérs 207];
et ce vin-là étoit si puissant qu'on y mettoit vingt mesures d'eau sur une de vin t
Tbv 8' Z-cs. Tcfvoisv [jLsXiyjBla oTvov ipuGpbVj
"Ev Séîza; IpiTirXv^aaç, uSaroç âcvoc elV.oat [jL^tpa
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0ea;:sci'r]. T6t' oO'tot dcTOa)(^£aOat <p(Xov ^sv. [Vers 208-211,]
Et Pline dit que ce n'est point une fable, 1. 14, ch. 4 : Durât etiam vis eadem in terra generi vigorque indomitus : quippe cum Mutianus ter consul (c'est sans doute ce grand capitaine qui fit Vespasien empereur), ex his qui nuperrime prodidere^ sextarios singulos octonis aquae misceri compererit^ prœsens in eo tractu; esse autem colore nigrum^ odoratum^ vetustate pinguescere. Et on l'appeloit vinum maroneum. Vino antiquissima claritas maroneo^ . Et il ajoute qu'Aristée fut le
î. Vers Î91. •— 2. Vers 196.
3. Cette dernière phrase est un peu avant les précédentes dans
SUR L'ODYSSÉE D'HOMÈRE. 147
premier, en ce pays-là, voisin de la Thrace, qui mêla le miel avec le vin, suavitate preecipua utriusque naturx sponte provenientis. Cela montre qu'Homère n'a rien dit sans fondement; et on voit bien qu'il étoit instruit de tout ce qu'il y a de beau dans la nature. Ulysse en prit donc un petit vaisseau avec quelques vivres, et son grand courage l'excita à aller trouver cet homme :
'Ayptov, où'ts o(/caç sù £iB6i:a, ofe U^iqxol^. [Vers 214 et 21 5.]
Ils entrèrent dans l'antre de ce Cyclope, et ils ne le treuvèrent pas. Homère ne dit pas son nom; mais les autres poètes, comme Théocrite, Virgile et Ovide, l'ont appelé Polyphème. Ils trouvèrent dans son antre des vaisseaux tout pleins de lait, et les étables remplies d'agneaux et de boucs*, sépare's les uns des autres : les agneaux^ à part, les plus jeunes ailleurs, et en un autre endroit ceux qui ne faisoient que de naître. On voyoit nager le lait clair sur tous les vases; et tous ceux qui servoient à traire le lait étoient tout prêts. Les compagnons d'Ulysse le prioient bien fort de prendre force ^ fromages, et de chasser dans leur vaisseau tout ce qu'ils pourroient d'agneaux et de cabris; et il eût bien fait.
Ou8' à'p' l|i.eXX' Ixipoiai cpavelg Ipateivbç à'ceaOat. [Vers 23o.]
Ils s*amusèrent donc à manger quelques fromages, en attendant ; et il vint bientôt, portant une charge de bois, qu'il jeta à la porte pour faire cuire son souper. Ce bois fit grand bruit en tombant, et ils se retirèrent tout effrayés jusqu'au fond de l'antre. Le Cyclope fit entrer toutes les chèvres et les brebis pour tirer le lait, et laissa les mâles à la porte. Et étant entré, il ferma son antre avec une pierre si grosse que vingtdeux chariots à quatre roues ne l'auroient jamais pu bouger de là ; et il dit un peu après que cette boîte * fermoit son
ce même chapitre iv de Pline (ailleurs chapitre vi) que Racine vient de citer.