‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 11 sur 311 · Passés à l'étude de Noël le Maistre , notaire à Paris · texte numérisé non relu

Passés à l'étude de Noël le Maistre , notaire à Paris

2. Voyez cet acte de baptême aux Pièces justificatives, n°XIX. Nous pensons qu'il s'agit du prieuré de Saint-Nicolas de Chézv, au diocèse de Poitiers. Il dépendait du monastère de Saint-Florent-lez-Saumur, diocèse d'Angers. — Dans la procuration du 12 juin ih'74, déjà mentionnée à la note 1 de la page 28, on trouve encore Racine qualifié « prieur de Saint-Jacques de la Ferté. » Avait-il repris ce bénéfice, après l'avoir échangé, pour quelque temps, contre celui de Saint- ISicolas?

3. M. l'abbé de la Roque, dans sa Vie de Racine^ en tête des Lettres inédites , dit que Racine abandonna tout ce que le prieuré de l'Epinay lui avait rapporté, et le fit distribuer aux pauvres; mais il a certainement confondu Racine avec Boileau , en lisant avec un peu de distraction le passage des Mémoires de Louis Racine sur cette affaire du prieuré.

(. Voyez le Corneille de M. Marty-Laveaux, tome X.

SIR JEAN RACINE. 5i

L'histoire de la poursuite, longtemps infructueuse, des bénéfices, que nous avons voulu présenter sans l'interrompre, et qui nous a mené jusqu'au retour de Racine à Paris , puis au delà, n'a pas épuisé ce qu'on peut aimer à savoir de son séjour en Languedoc. Il en reste des souvenirs plus intéressants. Racine, à Uzès, ne s'était pas consacré tout entier et avec un zèle trop jaloux à cet apprentissage de bénéficier, dont les devoirs sérieux le touchaient médiocrement. Il était arrivé poète en Languedoc; il en revint aussi poète que jamais. Pour complaire à son oncle , il s'était mis, dés son arrivée, à étudier un peu de théologie dans saint Thomas ; il se plongeait dans les Pères grecs, dont il avait commencé la lecture à Port- Roya! ; mais il lisait aussi Virgile , et s'il faisait force extraits d'auteurs ecclésiastiques, il avoue qu'il en faisait quelquesuns de poésie. Dans les loisirs d'une vie beaucoup moins dissipée que celle de Paris, il dut se remettre à des études un peu négligées depuis quelque temps ; et plusieurs de ces livres grecs que nous trouvons aujourd'hui encore annotés par lui avec tant de soin, paraissent l'avoir été à Uzès. Il y en a sans doute de toutes les époques de sa vie : ce temps néanmoins put être un des plus studieux; une note de Louis Racine nous fait connaître qu'il y faut rapporter les remarques sur YOdyssêe et sur les Olympiques. La bibliothèque de notre poète avait alors, il est vrai, peu de livres, et, dit-il, pas un français. Mais, comme on savait son goût, bien des personnes lui en apportaient de tontes langues, et qui ne devaient pas être toujours théologiques. Sa grande crainte, dans ce pays du galimatias , où il lui semblait qu'on parlait une langue barbare, était d'oublier son français. Aussi voulait-il que ses amis de Paris, l'abbé le Vasseur, la Fontaine, l'entretinssent par leur correspondance dans l'habitude du beau langage. Il leur demandait des nouvelles du Parnasse. Les lettres qu'il leur écrivait, aussi peu graves de ton et aussi littéraires que celles d'autrefois, continuaient à être semées de vers. Il y avait des vers jusque dans celles qu'il adressait à Vitart. Mais ces rimes écrites au courant de la plume, si elles marquent son goût persistant, ne méritent pas vraiment le nom d'occupations poétiques; et ce n'était pas seulement ainsi qu'il se souvenait de son métier. On a pensé, non sans vraisemblance, que ce fut en

Sa NOTICE BIOGRAPHIQUE

ce temps qu'il composa ces charmantes Stances à Parthénice, un peu dans le goût du madrigal sans doute, mais si remplies d'une tendre mélancolie. Parthénice nous parait bien être celle que l'abbé le Vasseur adorait sous ce nom, une certaine demoiselle Lucrèce; et il est douteux que Racine l'ait sérieusement chantée pour son propre compte ; toutefois, si ces vers ne furent qu'un jeu d'esprit, le cœur de Racine et sa douce sensibilité s'y font deviner. Le petit poëme des Bains de Vénus, qui doit avoir eu quelque étendue, avait été achevé et retouché avant le départ pour Uzès ; mais c'est de là qu'il l'envoya à ses amis, après l'avoir montré à plusieurs personnes de la ville, où il fut mis en circulation. Nous ne croyons pas en retrouver un fragment dans les couplets que la Fontaine, au commencement de sa Psyché , met dans la bouche d'Acante, c'est-à-dire de Racine :

Jasmins , dont un air doux s'exhaie , Fleurs que les vents n'ont pu ternir , Aminte en blancheur vous égale, Et vous m'en faites souvenir ;

et tout le reste. Ces jolis vers sans doute sont de la Fontaine lui-même, bien qu'il dise que a les amis d'Acante se souvinrent de les avoir vus dans un ouvrage de sa façon. » Mais n'est-il pas permis, en pensant à ces Bains de Vénus, de rêver quelque cbose d'à peu près semblable de ton, de nous imaginer que la Fontaine a voulu conserver au personnage mis en scène par lui sous une allusion transparente sa véritable physionomie poétique, et qu'il nous a rendu fidèlement l'impression tout au moins qui lui était restée du talent de son jeune ami à l'époque dont nous essayons de nous faire une idée? Il est vraisemblable que bien des petites pièces de poésie, du même genre que les Stances à Parthénice, furent faites à Uzès. Mai- Racine ne s'en contentait pas. Le théâtre était toujours sa visée. « Je cherche quelque sujet de théâtre, et je serois assez disposé à y travailler, » écrivait-il à le Vasseur dans une lettre du 4 juillet 1662. Sans regarder comme une très-sûre autorite l'inscription qu'on lisait au-dessus de la porte du Pavillon Rarirte à Uzès : a Dans ce lieu Racine a composé la Thébaïde, » des témoignages, qui ont plus de poids, permettent de penser

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que cette tragédie fut commencée en Languedoc1. Ce serait là aussi, d'après les Mémoires de Louis Racine, que le jeune poète aurait entrepris une pièce de Théagène et Chariclée, tirée de ce roman d'Héliodore dont il faisait ses délices à Port-Royal, et qu'au commencement du dix-septième siècle on avait déjà essayé plusieurs fois de réduire en poèmes dramatiques. Si cela est, il faut qu'il soit resté à Uzès assez longtemps au delà de ce mois de juillet 1662, où il n'en était encore qu'à la recherche d'un sujet. Quoi qu'on en ait dit, il n'est probablement revenu à Paris que l'année suivante.

Ses inclinations poétiques, malgré le temps qu'elles dérobaient aux études de théologie, n'étaient pas aussi contrariées, auprès de son oncle, qu'elles l'avaient été par les scrupules de Port-Royal. Il avait pu tout d'abord reconnaître qu'il n'était pas tombé au milieu d'un monde aussi rigoriste. Il n'était personne qui ne voulût avoir des exemplaires de sa Nymphe de la Seine : le chapitre tout entier , surtout le doyen, fort honnête homme, lui en faisait demander ; son bon oncle, qui avait donné le sien à l'évêque, en réclamait chaque jour un autre pour le remplacer. Homme d'esprit lui-même , le P. Sconin n'était pas insensible à la réputation d'esprit de son neveu. Cette réputation avait précédé Racine à Uzès. Il y reçut bientôt force visites de gens qui venaient « le saluer comme auteur; » et ceux que l'amour rendait poètes dans cette ville le prenaient pour juge de leurs vers. Tout cela, malgré la méchante poésie qu'il fallait essuyer , était fort encourageant. Racine cependant ne se plaisait pas dans ce lieu d'exil. Il avait, bien ou mal fondées, des préventions contre le caractère des habitants, et se tenait, tant qu'il pouvait, dans une solitude studieuse, fuyant les compagnies, qui le recherchaient beaucoup.

Pour un jeune homme, déjà fort émancipé, il y avait d'autres dangers que ces distractions des visites et des réunions mondaines auxquelles il échappait si volontiers. Ses débuts à Uzès pouvaient inquiéter. Dès les premiers jours qu'il y fut, et à peine avait-il eu le temps de jeter un regard autour de lui, il croyait être, suivant son expression, <r dans un vrai pays de Cythère. » L'ajustement des femmes, leur éclatante beauté

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