‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 116 sur 311 · Lettre à Mme de Grignan, 21 mars 1689, tome VIII, p. 53q · texte numérisé non relu

Lettre à Mme de Grignan, 21 mars 1689, tome VIII, p. 53q

3. Le privilège, daté du 3 février 1689, est accordé aux Dames de Saint-Cyr, et non pas à l'auteur; et il yest dit : «. Ayant vu nous-même plusieurs représentations dudit ouvrage, dont nous avons été satisfait , nous avons donné par ces présentes aux Dames de Saint-Cyr, avec défense à tous acteurs, etc. » {\ote de L. Racine.')

4. C'est la même lettre d'où la précédente citation a été tirée.

DE JEAN RACINE. 3i5

innocentes pour chanter les malheurs de Sion ; la Chammêlav nous eût fait mal au cœur. »

Mme la comtesse de Caylus a pensé de même; et on lira avec plaisir ce qu'elle a écrit sur Athalie , dans ses Souvenirs, recueil dont j'ai parlé :

œ Le grand succès à'Esther mit Racine en goût : il voulut composer une autre pièce; et le sujet d'Athalie (c'est-à-dire de la mort de cette reine, et la reconnoissance de Joas) lui parut le plus beau de tous ceux qu'il pouvoit tirer de l'Ecriture sainte. Il y travailla sans perdre de temps; et l'hiver suivant , cette nouvelle pièce se trouva en état d'être représentée ; mais Mme de Maintenon reçut de tous côtés tant d'avis et tant de représentations des dévots , qui agissoient en cela de bonne foi, et de la part des poètes jaloux de Racine, qui, non contents de faire parler les gens de bien, écrivirent plusieurs lettres anonymes, qu'ils empêchèrent enfin Athalie d'être représentée sur le théâtre de Saint-Cyr. On disoit à Mme de Maintenon qu'il étoit honteux à elle de faire monter sur un théâtre des demoiselles rassemblées de toutes les parties du royaume pour recevoir une éducation chrétienne, et que c'étoit mal répondre à l'idée que l'établissement de Saint- Cyr avoit fait concevoir. J'avois part aussi à ces discours, et on trouvoit encore qu'il étoit indécent à elle de me faire voir à toute la cour sur un théâtre.

« Le lieu, le sujet des pièces , et la manière dont les spectateurs s'étoient introduits à Saint-Cyr, dévoient justifier Mme de Maintenon, et elle auroit pu ne pas s'embarrasser de discours qui nétoient fondés que sur l'envie et la malignité; mais elle pensa différemment, et arrêta ces spectacles dans le temps que tout étoit prêt pour jouer Athalie. Elle fit seulement venir à Versailles, une fois ou deux, les actrices pour jouer dans sa chambre devant le Roi, avec leurs habits ordinaires. Cette pièce est si belle, que l'action n'en parut pas refroidie; il me semble même qu'elle produisit alors plus d'effet qu'elle n'en a produit sur le théâtre de Paris. Oui, je crois que M. Racine auroit été fâché de la voir aussi défigurée qu'elle m'a paru l'être par une Josabeth fardée, par une Ulialie outrée, et par un grand prêtre plus capable d'imiter les capucinades du petit Père Honoré que la majesté

3i6 MEMOIRES SUR LA VIE

d'un prophète divin1. Il faut ajouter encore que les chœurs, qui manquoient aux représentations faites à Paris, ajoutoient une grande beauté à la pièce, et que les spectateurs, mêlés et confondus avec les acteurs, refroidissent infiniment l'action; mais malgré ces défauts et ces inconvénients, elle a été admirée, et le sera toujours.

« On fit après, à l'envi de M. Racine, plusieurs pièces pour Saint-Cvr; mais elles y sont ensevelies. La Judith } pièce que M. l'abbé Testu fit faire par Royer, à laquelle il travailla luimême, fut jouée ensuite* sur le théâtre de Paris avec le succès marqué dans l'epigramme :

« A sa Judith , Boyer par aventure, etc. »

Jthalic fut exécutée deux fois devant Louis XIV et devant Mme de Maintenon, dans une chambre sans théâtre, parles demoiselles de Saint-Cyr, vêtues de ces habits modestes et uniformes qu'elles portent dans la maison. De pareilles représentations éloient bien différentes de celles à'Esther, qui se faisoient avec une grande dépense pour les habits, les décorations et la musique.

Mme de Caylus fait peut-être une prédiction véritable , lorsqu'elle dit qu'. 4thalie sera toujours admirée; mais elle ne le fut pas d'abord du public ; et lorsqu'elle parut imprimée en 1691, elle fut très-peu recherchée. On avoit entendu dire qu'elle étoit faite pour Saint-Cyr, et qu'un enfant y faisoit un principal personnage : on se persuada que c'étoit une pièce qui n'étoit que pour des enfants, et les gens du monde furent peu empressés de la lire. Ceux qui la lurent parurent froids d'abord; et M. Arnauld, en la trouvant fort belle, la mettoit au-dessous d'Esther. Un docteur de Soi bonne peut aisément se tromper en jugeant de tragédies; mais la manière dont il avoit parlé de Phèdre faisoit voir qu'en ces matières même il n'avoit pas coutume de se tromper. Voici la lettre qu'il écrivit à ce sujet ! :

1 . Elle parle de la Duclos , de la Desmare , et de Beaubour. Le vieux Baron fit après lui le rôle du grand prêtre bien différemment. [Note de L. Racine.)

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