M. Perrault. Il est nommé plus loin en toutes lettres
DE JEAN RACINE. -\i\
reruercîment à M. Arnauld, à la fin duquel il lui dit : « Puisque vous prenez un si grand intérêt à la mémoire de feu M. Perrault le médecin, à la première édition de mon livre, il y aura dans la préface un article exprès en faveur de ce médecin, qui sûrement n'a point fait la façade du Louvre, ni l'Observatoire, ni l'Arc de triomphe, comme on le prouvera démonstrativement, mais qui au fond étoit un homme de beaucoup de mérite, grand physicien, et ce que j'estime encore plus que tout cela, qui avoit l'honneur d'être votre ami. »
M. Arnauld mourut peu après avoir écrit la lettre queje viens de donner, et son cœur fut apporté à Port-Royal à la fin de 1694. Mon père crut qu'à cette cérémonie, où quelques parents invités ne vinrent pas, il pouvoit d'autant moins se dispenser d'assister, que la mère Racine y présidoit en qualité d'abbesse. Il y alla donc, et composa deux petites pièces de vers : l'une, qui commence ainsi :
Sublime en ses écrits, etc.,
et qui se trouve dans la dernière édition de ses GEuvres; l'autre, qui, dans le Nécrologe de Port-Royal, est attribuée par erreur à M. l'abbé Régnier, et dont voici les deux premiers vers :
Hai des uns, chéri des autres, Estimé de tout l'univers, etc.
Tout le monde sait les beaux vers que lit Santeul sur ce cœur rapporté à Port-Royal :
Ad sanctas rediit sedes , ejectus et exul, etc.;
et l'épitaphe faite depuis par Boileau :
Aux pieds de cet autel de structure grossière, etc.
Un de nos savants, à l'imitation des anciens, qui, dans les inscriptions sur leurs tombeaux, demandoient que leurs corps ne fussent point chargés d'une terre trop pesante, demanda, par une épigramme, que ses os ne fussent point chargés de mauvais vers :
Sint modo carminibus non onerata malis.
Ce malheur n'arriva pas à M. Arnauld, célébré après sa mort par Santeul, Boileau et mon père.
De ces trois poètes , Santeul fut le seul qui , effrayé de ce qu'il avoit fait, rendit ses craintes si publiques, qu'elles donnèrent lieu à la pièce en vers latins intitulée Santolius pœnitcns. Cette pièce, composée par M. Rollin, fut bientôt traduite en vers françois; et les vers de cette traduction, étant bien faits, furent attribués à mon père. M. Roivin le jeune, qui en étoit l'auteur, fut charmé de cette méprise, et adressa à mon père une petite pièce de vers fort ingénieuse, par laquelle il le prioit de laisser quelque temps le public dans l'erreur.
Mon père, bien éloigné des frayeurs de Santeul, fut chargé de lire au Roi les trois dernières épîtres de Boileau, qui avoit coutume de lire lui-même tous ses ouvrages à Sa Majesté, mais qui ne venoit plus à la cour à cause de ses infirmités. Mon père fut charmé de faire valoir les vers de son ami ; et lorsqu'en les lisant il vint à celui-ci :
Arnauld, le grand Arnauld, fit mon apologie',
il fit sentir, parle ton qu'il prit, qu'il le lisoit avec satisfaction.
Louis XIV ne parut jamais désapprouver en lui cet attachement que la reconnoissance lui inspiroit pour ses anciens maîtres, et pour la maison dans laquelle il avoit été élevé. Il v alloit souvent ; et tous les ans, le jour de la fête du Saint-Sacrement, il y menoit sa famille pour assister à la procession. L'humilité avec laquelle il pratiquoit tous les exercices de la religion, jusqu'à être exact aux plus petites choses, faisoit voir qu'il en connoissoit la grandeur.
Il n'étoit pas homme à se mêler de questions de doctrine ; mais quand il s'agissoit de rendre aux religieuses de Port-Roval quelque service dans leurs affaires temporelles, il étoit prêt ; et ce bon cœur qu'il avoit pour tous ses amis l'emportoit chez ie P. de la Chaise, dont il fut toujours très-bien reçu. Quoiqu il ne lût plus permis à ce monastère de recevoir des pensionnaires, il obtint une permission particulière pour y mettre pour quelque temps deux de mes sœurs.
J'ai déjà dit qu'il etoii lie avec le P. Bouhours ; et ce père donna une preuve de son zèle pour lui lorsqu'il fut vivement attaqué au collège de Lou:s-le-Grand, dans un discours public,