Art poétique, chant IV, vers
3. Et de même à un illustre magistrat, dont il respectoit les lumières, il répondit d'un ton chagrin : « Ce ne sont pas vos critiques que je crains, ce sont celles que je me fais à moi-même. » (Note de A. Racine, dans Y Exemplaire corrigé.
4. Dans une compagnie où de prétendus esprits forts débitoient quelques sophismes contre la religion, il s'écria: a 11 faut avouer que Dieu a de sots ennemis. » Vote de L. Racine, dans V Exemplaire corrigé.) - On trouve un mot semblable de Boileau, dans le liolxana, p. 1 j.
M. le Noir, chanoine de Notre-Dame, son confesseur ordinaire, l'assista à la mort, à lacjuelle il se prépara en très-sincère chrétien; il conserva en même temps, jusqu'au dernier moment, le caractère de poète. M. le Verrier crut l'amuser par la lecture d'une tragédie, qui dans sa nouveauté faisoit beaucoup de bruit1. Après la lecture du premier acte, il dit à M. le Verrier : * Eh! mon ami, ne mourrai-je pas assez promptement ? Les Pradons dont nous nous sommes moqués dans notre jeunesse étoient des soleils auprès de ceux-ci. » Comme la tragédie qui l'irritoit se soutient encore aujourd'hui avec honneur, on doit attribuer sa mauvaise humeur contre elle à l'état où il se trouvoit : il mourut deux jours après.
Lorsqu'on lui demandoit ce qu'il pensoit de son état, il répondoit par ce vers de Malherbe2 :
Je suis vaincu du temps, je cède à ses outrages.
Ln moment avant sa mort, il vit entrer M. Coutard3, et lui dit, en lui serrant la main : « Bonjour et adieu ; l'adieu sera bien long. » Il mourut d'une hydropisie de poitrine, le i3 mars 171 14, et laissa par son testament presque tout son bien aux pauvres.
La compagnie qui suivit son convoi, et dans laquelle j'étois, fut fort nombreuse, ce qui étonna une femme du peuple, à qui j'entendis dire : « Il avoit bien des amis; on assure cependant qu'il disoit du mal de tout le monde. »
Il fut enterré dans la chapelle basse de la Sainte-Chapelle 5,
1 . C'était le Rhadarniste de Crébillon , joué en 1 7 1 1 . Il est dit dans le Bolœana (p. 146) que le Verrier n'en lut à Boileau que deux scènes.
2. Ode pour le Roi allant châtier la rébellion des Rochelois, vers l'i'j . OEuvres de Malherbe (Collection des grands écrivains), tome 1, p. 283. — Le Bolœana (p. 146) met la même citation dans la bouche de Boileau. ,
3. Conseiller au Parlement, ami de Boileau. C'était lui qui avait fait peindre le poète par Bigaud, et ensuite graver le portrait. Voyez la lettre de Boileau à Brossette du 16 juin 1708.