L'édition de 1747 porte, par erreur
5. Et non pas Saint-Jean le Bond, sa paroisse, comme il est dit dans le Supplément au Nécrologe de Port-Royal. (Note de L. Racine.)
J. FiACIJSE. I 23
i54 MEMOIRES SUR LA VIE
immédiatement au-dessous de la place qui, dans la chapelle haute, est devenue fameuse par le lutrin qu'il a chanté *.
Cette même année, nous obtînmes, après la destruction de Port-Royal, la permission de faire exhumer le corps de mon père, qui fut apporté à Paris le a décembre 1711, dans l'église de Saint-Étienne du Mont, notre paroisse alors, et placé derrière le maître-autel, en face de la chapelle de la Vierge, auprès de la tombe de M. Pascal. L'épitaphe latine qui a voit été placée dans le cimetière de Port-Royal ne subsistant plus, je la vais rapporter avec celle en françois, telle que Boileau l'avoit faite ; celle que ses commentateurs * ont mise dans ses Œuvres n'est point la véritable, ce qu'on reconnoîtra aisément par la différence du style3.
Hic jacet vir nobilis Joannes Ici repose le corps de Messire
Racine, Francise thesauris prœ- Jean Racine, trésorier de France,
fectus, Régis a secretis atque a secrétaire du Roi, gentilhomme
cubiculo, necnon unus e qua- ordinaire de sa chambre, et l'un
draginta gallicanae Academise vi- des quarante de l'Académie fran-
ris : coise :
1. M. Berriat- Saint-Prix, dans son Essai sur Boileau [OEuvres de Boileau, tome I, p. xxxi et xxxn), démontre que L. Racine se trompe, et que la sépulture de Boileau n'était pas au-dessous de la place où dans la chapelle haute était le lutrin.
1 . Tout ce passage , tel que nous le donnons , a été refait par L. Racine dans X Exemplaire corrigé , depuis les mots : <r L'épitaphe
latine » Dans les deux éditions, il se lit ainsi : a L'épitaphe latine,
que Boileau avoit faite, et qui avoit été placée dans le cimetière de Port-Royal, ne subsistant plus, je la vais rapporter avec la traduction françoise faite par le même Boileau : la traduction que ses commentateurs..., etc. s> — Le texte qui suit, des épitaphes latine et française, n'est pas entièrement correct ; mais nous laissons à L. Racine ce qui lui appartient. Nous rétablissons ce texte, et nous en faisons m même temps l'historique, dans une note que nous rejetons à la suite des Mémoires .
3. J'avois jusqu'ici cru Boileau auteur de l'épitaphe latine et françoise, et je Pavois dit dans la première édition. J'ai été depuis mieux instruit. Boileau la fit en françois, telle que je la donne ici, et M. Dodart la mit en latin. Xote ajoutée par L. Bacine dans V Exemplair! corrigé. )
Qui, postquam profana tragoediarum argumenta diu cum ingeuti hominum admiratione tractasset , musas tandem suas uni Deo consecravit , omnemque ingenii vim in eo laudando contulit, qui solus laude dignus est.
Cum eum vitaî negotiorumque rationes multis nobilibus aulae tenerent addictum, tamen in frequenti hominum commercio omnia pietatis ac religionis officia coluit A christiano rege Ludovico Magno selectus una cum familiari ipsius amico fuerat, qui res, eo régnante, prœclare ac mirabiliter gestas perscriberet. Huic intentus operi, repente in gravem œque ac diuturnum morbum implicitus est , tandemque ab hac sede miseriarum in melius domicilium translatus, aimo setatis suse LX *. Qui mortem longo adhuc intervallo remotam valde horruerat, ejusdem prœsentis aspectiun placida fronte sustinuit ; obiitque spe multo magis et pia in Deum fiducia erectus, quam fractus metu. Ea jaetura omnes illius amicos, quorum nonnulli inter regni primores eminebant, acerbissimo dolore perculit. Manavit etiamad ipsum regem tanti viri desiderium.
Fecit modestia ejus singularis, et prsecipua in hanc Portus- Regii domum benevolentia, ut in ea sepeliri voluerit, ideoque testamento cavit ut corpus
Qui, après avoir longtemps cbarmé la France par ses excellentes poésies profanes, consacra ses muses à Dieu, et les employa uniquement à louer le seul objet digne de louange. Les raisons indispensables qui l'attacboient à la cour l'empêchèrent de quitter le monde ; mais elles ne l'empêchèrent pas de s'acquitter, au milieu du monde, de tous les devoirs de la piété et de la religion. Il fut choisi avec un de ses amis par le roi Louis le Grand, pour rassembler en un corps d'histoire les merveilles de son règne, et il étoit occupé à ce grand ouvrage , lorsque tout à coup il fut attaqué d'une longue et cruelle maladie, qui à la fin l'enleva de ce séjour de misères, en sa 60e année. Bien qu'il eût extrêmement redouté la mort lorsqu'elle étoit encore loin de lui, il la vit de près sans s'étonner, et mourut beaucoup plus rempli d'espérance que de crainte, dans une entière résignation à la volonté de Dieu. Sa perte touchn sensiblement ses amis, entre lesquels il pouvoit compter les premières personnes du royaume ; et il fut regretté du Roi même. Son humilité, et l'affection particulière qu'il eut toujours pour cette maison de Port-Royal des Champs .
lui firent souhaiter d'être enterré sans aucune pompe dans ce cimetière, avec les humbles serviteur-,
1. C'est dans Y Exemplaire corrigé qu'on lit « LX, » au lieu de « LLX, » qui est dans les deux éditions. De même la traduction porte dans les éditions : « 59e »; dans Y Exemplaire corrigé: « 60e. »