‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 13 sur 311 · Voyez son acte de décès aux Pièces justificatives, n° XX · texte numérisé non relu

Voyez son acte de décès aux Pièces justificatives, n° XX

3. La maladie s'était déclarée à la fin de mai. On lit dans le

56 NOTICE BIOGRAPHIOl b

la naissance du Dauphin, il regrettait d'être éloigné de Paris, et de ne pouvoir joindre sa voix à celle de tant de poètes. L'éloge un peu anticipé d'un nouveau-né lui paraissait cependant une matière assez ingrate. Mais, lorsqu'il devait craindre de voiries bénéfices lui échapper, une poésie de cour pouvait, en compensation, le mettre sur le chemin de quelque grâce, et lui valoir une libéralité royale. Il eut hâte à Paris de retrouver l'occasion perdue, et saisit celle que la guérison du Roi lui offrait. Ce fut sans doute cette ode sur la convalescence de Louis XIV qui lui mérita la promesse de pension dont il parle à sa sœur dans sa lettre du 2 3 juillet : « On vous aura dit peut-être que le Roi m'a fait promettre une pension; mais je voudrais bien qu'on n'en eût point parlé jusqu'à ce que je l'aie touchée. » Cette pension doit être celle qui se trouve sur la liste du 22 août 1664 insérée au Registre des bâtiments du Roi ' : Racine y est porte pour une gratification de six cents livres, le plus modeste chiffre de cette liste, où Cotin a douze cents livres. Il y avait eu aussi, il est vrai, dès i663, des gratifications aux gens de lettres. Parmi ces gratifications huit cents livres sont accordées à Racine, « poète françois, » tandis que Chapelain, « le plus grand poète françois qui ait jamais été et du plus solide jugement, » obtient trois mille livres. Mais cette liste ne saurait être celle qui répondit aux espérances exprimées dans la lettre de Racine, à une date postérieure. De la Place, qui donne la liste de i663 dans ses Pièces intéressantes-, comme extraite des manuscrits de Colbert (nous ne l'avons pas sur les Registres des bâtiments), avertit qu'elle est du commencement de l'année. Et en effet, dans le Journal manuscrit des bienfaits du Roi, c'est en janvier i663 qu'il est

Journal des bienfaits du Roi : a 29 mai i663, à Versailles. Le Roi eut la rougeole, j Ce journal est parmi les manuscrits de Colbert , à la Bibliothèque impériale. "N'oyez aussi le Journal de la santé du roi Louis XIV, publié par M. le Roi (p. 82-89 '■> 'es remarques faites sur cette maladie par son premier médecin Vallot commencent au lundi 28 mai.

1. Tome I, folio 280. {Manuscrits de Colbert a la Bibliothèque impériale.)

2 . Pièces intéressantes et peu connues pour servir à F histoire et à la littérature, par M. D. L. P., à Bruxelles, 178J. in-12, tome I, p. 197.

dit : « Le Roi fait donner des pensions aux gens de lettres, tant dans le royaume que dans les pays étrangers. » On ne peut en conclure d'ailleurs que Racine ait été nécessairement à Paris au commencement de i663. Rien ne s'oppose à ce qu'un bienfait du Roi ait été obtenu pour lui lorsqu'il était encore à Uzès. Vitart était là pour ne pas le laisser oublier par Chapelain, à qui, dit-on, Colbert laissait le soin de dresser ces listes. Ce ne serait pas, d'après les Mémoires de Louis Racine, la première faveur royale que Chapelain eût fait accorder à Racine. Grâce à sa protection, l'ode de la Nymphe de la Seine avait été en 1660 recompensée d'une gratification de cent louis1. Puisque nous avons commencé à parler de ces dons du Roi, parcourons tous ces registres des bâtiments, qui ne vont pas, en ce qui concerne les gratifications des gens de lettres, au delà de la fin de 1668. Sur la liste du 3o octobre i665, Racine est inscrit pour six cents livres, moins heureux que Boileau qui y reçoit douze cents livres, surtout que bien d'autres qui n'étaient pas des Boileau2. En 1666 il n'est pas question de lui. La liste de 1667 (21 mai) contient cette mention : « Au sieur Racine, pour gratification, huit cents livres; » et celle du 18 décembre 16G8 [Andromaque venait d'être jouée): <x Au sieur Racine, bien versé dans la poésie françoise, pour gratification, en considération de son mérite, huit cents livres3. » Pour les récompenses de i663, on peut dire que, si elles mettaient Racine si fort au-dessous de Chapelain, ce que Racine avait fait alors était encore peu de chose. Mais en 1668 les bonnes intentions de Colbert étaient-elles fidèlement remplies, s'il avait recommandé, comme le dit d'Olivet, « que les bienfaits du Roi fussent non-seulement placés, mais mesurés? » Sans contester à Colbert le titre de Mécène, que lui décerne la reconnaissance de Racine dans une autre ode de 166 3, qui suivit de près celle sur la convalescence du Roi, et dont nous

1. Le témoignage de Brossette, dans le Recueil manuscrit, déjà cité, de la Bibliothèque impériale, p. 43, s'accorde, pour la date, avec celui de Louis Racine : « M. Racine a voit fait en 1660 une ode françoise intitulée la Nymphe de la Seine.... Il en eut cinq cents francs par le moyen de M. Chapelain, s

a. Tome II, folios 1 33-i5fi.

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