Lettre du 24 mai
a. OEuvres de Bedeau, Genève, M.DCC.XVI (2 vol.in-4°), tome I. p. 438, note sur le vers 12 de la seconde épigramme. 3. Lettre à Brossette, 10 décembre 1701.
pas que Molière fût présent ce jour-là; mais c'était en 1664, et nous sommes du moins dans le temps où il venait s'asseoir dans cette joyeuse compagnie, apportant son écot à tant de spirituels impromptus et de saillies étincelantes, vers ou prose, qui se sont perdus derrière les portes fermées des cabarets. Molière put s'v trouver d'ailleurs plus d'une fois à côté de Racine, même après la brouillerie ; car il semble bien que le premier moment d'irritation passé, il y eut plutôt refroidissement dans leurs relations que rupture complète.
Nous avons un tableau bien intéressant des réunions dont nous venons de parler, non point cette fois au cabaret, mais, ce qui nous déroute moins dans l'idée que nous nous faisons volontiers de ces nobles figures, au milieu des jardins de Versailles. Ce tableau est d'un grand peintre, observateur excellent et naïf, et qui connaissait bien ce qu'il a représenté, puisqu'il était lui-même un des quatre personnages de la scène.
« Quatre amis , dit la Fontaine au début de sa Psyché ' , quatre amis dont la connoissance avoit commencé par le Parnasse, lièrent une espèce de société que j'appellerois académie, si leur nombre eût été plus grand, et qu'ils eussent autant regardé les Muses que le plaisir. La première chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversations réglées et tout ce qui sent sa conférence académique. Quand ils se trouvoient ensemble, et qu'ils avoient bien parlé de leurs divertissements, si le hasard les faisoit tomber sur quelque point de science ou de belles-lettres, ils proûtoient de l'occasion : c'était toutefois sans s'arrêter trop longtemps à une même matière, voltigeant de propos en autre, comme des abeilles qui rencontreroient en leur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, la malignité ni la cabale n'avoient de voix parmi eux. Ils adoroient les ouvrages des anciens , ne refusoient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parloient des leurs avec modestie, et se donnoient des avis sincères lorsque quelqu'un d'entre eux tomboit dans la maladie du siècle et faisoit un livre, ce qui arrivoit rarement. »
t Les Amours de Psiclié et de Cupidon, par M. de la Fontaine, a Paris, chez Claude Barbin, M.DC.LX1X, 1 vol. in-8°. L'Achevé d'imprimer pour la première fois est du dernier jour de janvier 1669.
Les noms sous lesquels la Fontaine désigne les quatre amis les font tout d'abord reconnaître. Poliphile est bien celui qui a dit :
J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout
Ariste , le sage Boileau , « sérieux sans être incommode; » Gélaste, le poète au franc rire, qui a corrigé, en les raillant, les travers des hommes. Acante paraît d'abord un pseudonyme plus banal et plus arbitrairement choisi ; cependant serait-il trop subtil de songer à la plante élégante et flexible, mollis acantlms , dont les formes sont les plus délicates et les plus ornées que la sculpture ait choisies pour modèle , à cette plante qui parfois aussi a ses épines et sait piquer, et de trouver que Racine n'est pas trop mal designé ? Au reste le rôle et les traits de caractère que dans leurs entretiens la Fontaine donne à ses personnages, nomment assez clairement chacun d'eux.
Il ne faudrait sans doute pas chercher dans Psyché des indications biographiques très-exactes sur Racine. Il s'y trouve nécessairement beaucoup de fiction mêlée à la vérité; et la chronologie surtout y doit être quelque peu de fantaisie. Il serait peu sûr, par exemple, de s'appuyer sur une telle autorité pour prolonger jusqu'en 1668 les relations familières et amicales entre Molière et Racine. Outre les licences que se donne le narrateur, on pourrait objecter que, si le roman de Psyché ne fut achevé qu'à la fin de 1668, il avait été fort probablement commencé depuis plusieurs années , au temps même des plus fréquentes réunions des quatre amis, puisqu'à la fin du premier livre la Fontaine semble mentionner, comme assez récentes, les fameuses fêtes données à Versailles au mois de mai 1664. Et toutefois on ne peut s'empêcher de remarquer que dans la dispute de prééminence entre la tragédie et la comédie, où Gélaste soutient la même thèse que dans la Critique de F Ecole des femmes ' , et plaisante agréablement Acante, comme on fait un ami, il parle de YJndromaque, qui est de 1667 : <t Vous allez là pour vous réjouir, et vous v trouvez un homme qui pleure auprès d'un autre homme, et cet autre auprès d'un