JOCASTE, ANTIGONE, ÉTÉOCLE, OLYMPE
JOCASTE
Olympe, soutiens-moi; ma douleur est extrême.
ÉTÉOCLE
Madame, qu'avez-vous? et quel trouble
Ah ! mon fils * , Quelles traces de sang vois-je sur vos habits ? Est-ce du sang d'un frère? ou n'est-ce point du vôtre2?
ÉTÉOCLE
Non , Madame, ce n'est ni de l'un ni de l'autre. Dans son camp jusqu'ici Polynice arrêté*, Pour combattre à mes veux ne s'est point présenté. 5o D'Argiens seulement une troupe hardie
i.Far. étÉo. Madame, qu'avez-vous? Et quel mal si caché.... joc. Ah! mon fils, de quel sang ètes-vous là taché? (1664) Far. ÉtÉo. Madame, qu'avez-vous? Et quel mal si caché.... joc. Ah! mon fils, de quel sang revenez-vous taché? (1676-87)
2. Far. Est-ce de votre frère, ou n'est-ce point du vôtre? (1664)
3. Far. Polynice à mes yeux ne s'est point présenté, Et l'on s'est peu battu d'un et d'autre côté. Seulement quelques Grecs, d'un insolent courage, M'ayant osé d'abord disputer le passage,
[J'ai fait mordre la poudre à ces audacieux.] (1664)
Far. Polynice à mes yeux ne s'est point présenté,
Et l'on s'est peu battu d'un et d'autre côté.
Du camp des Argieus une troupe hardie
[M'a voulu de nos murs disputer la sortie.] (1676-87)
J. Racine i 26
4o2 LA THÉBAÏDE.
M'a voulu de nos murs disputer la sortie : J'ai fait mordre la poudre à ces audacieux; Et leur sang est celui qui paroît à vos yeux.
Mais que prétendiez- vous? et quelle ardeur soudaine* Vous a fait tout à coup descendre dans la plaine?
ÉTÉOCLE
Madame, il étoit temps que j'en usasse ainsi,
Et je perdois ma gloire à demeurer ici2.
Le peuple, à qui la faim se faisoit déjà craindre,
De mon peu de vigueur commeocoit à se plaindre, 60
Me reprochant déjà qu'il m'avoit couronné,
Et que j'occupois mal le rang qu'il m'a donné.
U le faut satisfaire ; et quoi qu'il en arrive ,
Thèbes dès aujourd'hui ne sera plus captive.
Je veux, en n'y laissant aucun de mes soldats, 6 5
Qu'elle soit seulement juge de nos combats.
J'ai des forces assez pour tenir la campagne,
Et si quelque bonheur nos armes accompagne,
L'insolent Polynice et ses fiers alliés8
Laisseront Thèbes libre, ou mourront à mes pieds. 7 o
t. Var. Mais pourquoi donc sortir avecque votre armée?
Quel est ce mouvement qui m'a tant alarmée? (1664-87) 1. Entre ce vers et le suivant on lit dans les éditions de 1664 et de 1676 :
Je n'ai que trop langui derrière une muraille;
Je brùlois de me voir en un champ de bataille.
Lorsque l'on peut paraître au milieu des hasards,
Un grand cœur est honte. îx de garder des remparts.
J'étois las d'endurer que le lier Polynice
Me reprochât tout haut cet indigne exercice,
Et criât aux Thébaius, afin de les gagner,
Que je l.sissoi3 aux fers ceux qui me font régner.
L'édition de 1687 a également cette variante; mais le dernier vers s'y lit ainsi :
Que je laissois périr ceux qui me font régner.
\. Var, L'insolent Polynice et ses Grecs orgueilleux
Laisseront Thèbes libre, ou mourront à ses veux. (166/»)