ACTE III, SCÈNE III
ANTIGONE
Oui, oui, cette vertu sera récompensée : Les Dieux sont trop pavés du sang de Ménecée ; Et le sang- d'un héros, auprès des Immortels, Vaut seul plus que celui de mille criminels * .
JOCASTE
Connoissez mieux du ciel la vengeance fatale : 6-5
Toujours à ma douleur il met quelque intervalle;
Mais, hélas ! quand sa main semble me secourir.
C'est alors qu'il s'apprête à me faire périr.
Il a mis cette nuit quelque fin à mes larmes 2,
Afin qu'à mon réveil je visse tout en armes. 680
S'il me flatte aussitôt de quelque espoir de paix,
Un oracle cruel me l'ôte pour jamais.
Il m'amène mon fils; il veut que je le voie;
Mais, hélas! combien cher me vend-il cette joie".
Ce fils est insensible et ne m'écoute pas; 68 5
Et soudain il me l'ôte, et l'engage aux combats.
Ainsi, toujours cruel, et toujours en colère,
Il feint de s'apaiser, et devient plus sévère :
Il n'interrompt ses coups que pour les redoubler,
Et retire son bras pour me mieux accabler. 690
ANTIGONE
Madame, espérons tout de ce dernier miracle.
JOCASTE
La haine de mes fils est un trop grand obstacle*.
\.Var. [Vaut seul plus que celui de mille criminels.]
Ce sont eux dont la main suspend la barbarie
De deux camps animés d'une égale furie ;
Et si de tant de sang ils n'étoient point lassés,
A leur bouillante rage ils les auroient laissés.
["joc. Connoissez mieux du ciel la vengeance fatale.] (1664) i.k ar. Il a mis cette nuit quelque trêve à mes larmes. (1664-87) 3. far. Mais combien cbèrement me vend-il cette joie ! (1664) U.far. [La haine de mes fils est un trop grand obstacle.]
Ed vain tons les mortels s'épuiseroieut le flanc,
Polynice endurci n'écoute que ses droits;
Du peuple et de Créon l'autre écoute la voix,
Oui, du lâche Créon. Cette âme intéressée 695
Nous ravit tout le fruit du sang de Ménecée1;
En vain pour nous sauver ce grand prince se perd :
Le père nous nuit plus que le fils ne nous sert.
De deux jeunes héros cet infidèle père
ANTIGONE
Ah! le voici, Madame, avec le Roi mon frère. 700