ACTR IV, SCENE III
Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux ;
Et les premiers vaincus sont les plus généreux1
Voyons donc qui des deux aura plus de courage, yy5
Qui voudra le premier triompher de sa rage.
Quoi? vous n'en faites rien? C'est à vous d'avancer;
Et venant de si loin, vous devez commencer :
Commencez, Polynice, embrassez votre frère2;
Et montrez
été o CLE.
Hé, Madame ! à quoi bon ce mystère?
Tous ces embrassements ne sont guère à propos : Qu'il parle, qu'il s'explique, et nous laisse en repos.
POLYNICE
Quoi? faut-il davantage expliquer mes pensées?
On les peut découvrir par les choses passées :
La guerre, les combats, tant de sang répandu, ioo5
Tout cela dit assez que le trône m'est dû.
ÉTÉOCLE
Et ces mêmes combats, et cette même guerre, Ce sang qui tant de fois a fait rougir la terre,
i. Rotrou fait dire semblablement à Jocaste :
Quelle gloire, bons Dieux ! ou plutôt quelle rage A faillir le premier met le plus de courage ! La valeur est honteuse en pareil différend, Et la gloire appartient à celui qui se rend.
(Antigone, acte II, scène iv.)
Sénèque avait exprimé la même pensée avec plus de concision : Id gerere hélium cupitis in quo est optimum Vinci.
[Phéniciennes, vers 49 l et 49*.)
Et Garnier, traduisant Sénèque dans son Antigone :
Vous faites une guerre où plus grande est la gloire De se trouver vaincu que d'avoir la victoire.
(Acte II, scène n.)