ACTE IV, SCÈNE III
Tous deux, pour s'attendrir, ils ont l'âme trop dure : Ils ne connoissent plus la voix de la nature1.
(A Polynice.)
Et vous, que je croyois plus doux et plus soumis —
POLYNICE
Je ne veux rien de lui que ce qu'il m'a promis :
Il ne sauroit régner sans se rendre parjure. i o 3 5
JOCASTE
Une extrême justice est souvent une injure2.
Le trône vous est dû, je n'en saurois douter;
Mais vous le renversez en voulant y monter.
Ne vous lassez-vous point de cette affreuse guerre?
Voulez- vous sans pitié désoler cette terre, 104c
Détruire cet empire afin de le gagner3?
Est-ce donc sur des morts que vous voulez régner4 ?
Thèbes avec raison craint le règne d'un prince
Qui de fleuves de sang inonde sa province.
Voudroit-elle obéir à votre injuste loi? 1045
Vous êtes son tyran avant qu'être son roi.
Dieux ! si devenant grand souvent on devient pire,
1. Far. [Ils ne connoissent plus la voix de la nature.] La fière ambition qui règne dans leur cœur N'écoute de conseils que ceux de la fureur.
Leur sang même, infecté de sa funeste haleine, Ou ne leur parle plus, ou leur parle de Laine. [Et tous, que je croyois plus doux et plus soumis....] (1664)
2. C'est le vieil adage latin : Summum jus summa injuria, que Voltaire a traduit plus littéralement encore dans OEdipe (acte III , scène ni) :
Mais l'extrême justice est une extrême injure.