ACTE IV, SCENE III
Surpassez, s'il se peut, les crimes de vos pères1 ;
Montrez en vous tuant comme vous êtes frères 2 :
Le plus grand des forfaits vous a donné le jour; 1 1 85
Il faut qu'un crime égal vous l'arrache à son tour.
Je ne condamne plus la fureur qui vous presse;
Je n'ai plus pour mon sang ni pitié ni tendresse.
Votre exemple m'apprend à ne le plus chérir;
Et moi je \ais, cruels, vous apprendre à mourir3. 1190
ANTIGONE
Madame O ciel ! que vois-je? Hélas! rien ne les touche4!
HÉMON
Rien ne peut ébranler leur constance farouche.
ANTIGONE
Princes
Pour ce combat choisissons quelque lieu.
POLYNICE
Gourons. Adieu, ma sœur.
ÉTÉOCLE
Adieu, Princesse, adieu.
ANTIGONE
Mes frères, arrêtez. Gardes, qu'on les retienne; 1 195
1. OEdipe apostrophe ainsi ses enfants absents, dans les Phéniciennes de Séuèque (vers 334-338) :
Agite, o propago clara, generosam indolem Prubate factis : gloriam tic laudes meas
Superale
Sic estis orti....
2. a Ils sont bien frères, » xecpra o' etV '6p.cr.ifj.ot, dit le chœur, dans les Sept chefs d'Eschyle, vers 921. Racine, qui ne parait guère s'être souvenu d'Eschyle dans le reste de la pièce, lui a-t-il fait ici un emprunt? Cela est d'autant plus douteux que l'idée n'est pas tout à fait la même. Il semble bien que l'expression du poète grec a un double sens : il n'en est pas de même dans Racine.
3. Far. Après ce vers commence une scène iv, dans l'édition de 1756, et dans celle de M. Aimé-Martin.
4. Far. créon. Heureux emportement! ant. Hélas ! rien ne les touche. (1664)
J. Racine, i 50
466 LA THEBAIDE.
Joignez, unissez tous vos douleurs à la mienne1. C'est leur être cruels que de les respecter.
HÉMON
Madame , il n'est plus rien qui les puisse arrêter.
ANTIGONE
Ah ! généreux Hémon, c'est vous seul que j'implore. Si la vertu vous plaît , si vous m'aimez encore , i
Et qu'on puisse arrêter leurs parricides mains, Hélas! pour me sauver, sauvez ces inhumains.
i. Far. Et n'obéissez pas à leur rage inhumaine. C'est leur être cruels que de les contenter. (1664 *