‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 219 sur 311 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ANTIGONE, seule.

A quoi te résous-tu, princesse infortunée2:' Ta mère vient de mourir dans tes bras :

Ne saurois-tu suivre ses pas, 1205

Et finir en mourant ta triste destinée? A de nouveaux malheurs te veux-tu réserver ? Tes frères sont aux mains, rien ne les peut sauver

De leurs cruelles armes.

Leur exemple t'anime à te percer le flanc ; 1 2 1 o

1 . Cette scène a été inspirée par celle qui, dans Rotrou, commence l'acte III , et dans laquelle Antigone, qui est seule, en deuil dans sa chambre, récite aussi des stances. Le morceau lyrique de Rotrou n'est qu'une longue apostrophe à la Fortune, dont Antigone accuse les rigueurs.

2. Racine, dans une lettre à l'abbé le Vasseur (décembre i663), cite la stance suivante, qui, dit-il, était la première :

Cruelle ambition, dont la noire malice

Conduit tant de monde au trépas, Et qui feignant d'ouvrir le trône sous nos pas ,

Ne nous ouvres qu'un précipice ,

Que tu causes d'égarements !

Qu'en d'étranges malheurs tu plonges tes amants !

Que leurs chutes sont déplorables !

Mais que tu fais périr d'innocents avec eux ,

Et que tu fais de misérables

En faisant un ambitieux !

Il se décida avec peine a retrancher cette stance, ainsi qu'a changer toutes celles qu'il avait d'abord composées. Dans une autre lettre, adressée au mémo le Vasseur, et datée du même mois, il dit qu'il a tout réduit a cinq stances. Nous n'en avons plus que trois.

Et toi seule verses des larmes.

Tous les autres versent du sang.

Quelle est de mes malheurs l'extrémité mortelle? Où ma douleur doit-elle recourir?

Dois-je vivre? dois-je mourir? mî

Un amant me retient, une mère m'appelle : Dans la nuit du tombeau je la vois qui m'attend. Ce que veut la raison, l'amour me le défend

Et m'en ôte l'envie.

Que je vois de sujets d'abandonner le jour ! 1220

Mais, hélas! qu'on tient à la vie,

Quand on tient si fort à l'amour !

Oui, tu retiens, Amour, mon âme fugitive; Je reconnois la voix de mon vainqueur :

L'espérance est morte en mon cœur, 1225

Et cependant tu vis, et tu veux que je vive. Tu dis que mon amant me suivroit au tombeau, Que je dois de mes jours conserver le flambeau

Pour sauver ce que j'aime.

Hémon , vois le pouvoir que l'amour a sur moi : 1 2 3 n

Je ne vivrois pas pour moi-même,

Et je veux bien vivre pour toi.

Si jamais tu doutas de ma flamme fidèle — Mais voici du combat la funeste nouvelle.

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