Tome XIV, p. 5i
2 Brossette aussi prétend « qu'avant que Racine lui eût appris a déclamer, c'étoit une actrice fort médiocre. » (Recueil manuscrit de la Bibliothèque impériale, p. :\i.) Qu'elle fût sans expérience dans son art, cela est probable, et c'est tout ce qu'il eût fallu dire.
faisait pas des comédies pour les siècles à venir, mais pour la Champmeslé, qu'aurait-elle pu citer? Bajazet seulement. 41ais quoique les vers de Bérénice n'eussent pas été écrits pour la Champmeslé, ils étaient dangereux à faire étudier à une actrice si habile à interpréter la passion éloquente et à donner la vie aux plus charmantes créations du poète. Ce fut sans doute en lui apprenant ce rôle, dont il lui dictait les accents les plus touchants et tous les soupirs, qu'il s'éprit d'amour pour elle. Depuis il chargea la Champmeslé d'introduire sur la scène Roxane, Monime, Iphigénie et Phèdre. Elle fut admirable dans chacun de ces rôles, dont les leçons de Racine lui révélaient et lui commentaient toutes les beautés.
Voltaire, pour mieux exalter Mlle Clairon, a raillé la déclamation chantante de la Champmeslé, qu'il n'avait pas entendue, et « ses sons affétés,
Echo des fades airs que Lambert a notés ' . »
Nous devons cependant nous faire une autre idée de cette récitation qui demandait sa règle au goût de Racine, une autre idée de cette Champmeslé dont Mme de Sévigné parle avec admiration dans maint passage de ses lettres. Tout le grand siècle lui a payé son tribut d'hommages. Un vers de Boiltau, dans V Epitre à Racine, eût suffi pour l'immortaliser dans le rôle d'Iphigénie. Elle doit plus encore à la Fontaine, qui l'a chantée avec tant d'enthousiasme et tant de grâce. « Puissent mes derniers vers, lui dit-il 2,
Aller si loin que notre los franchisse
La nuit des temps : nous la saurons dompter
Moi par écrire, et vous par réciter.
Nos noms unis perceront l'ombre noire
Qui ne commît l'inimitable actrice Représentant ou Phèdre ou Bérénice, Chimène en pleurs, ou Camille en fureur ? Est-il quelqu'un que voire voix n'enchante ? S'en trouve-t-il une autre aussi touchante, Une autre enfin allant si droit au cœur? »