‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 223 sur 311 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Et prêts à s'égorger, ils paroissoient amis1.

Ils ont choisi d'abord pour leur champ de bataille

Un lieu près des deux camps, au pied de la muraille.

C'est là que reprenant leur première fureur,

Ils commencent enfin ce combat plein d'horreur. iîîo

D'un geste menaçant, d'un œil brûlant de rage,

Dans le sein l'un de l'autre ils cherchent un passage2;

Et la seule fureur précipitant leurs bras*,

Tous deux semblent courir au-devant du trépas.

Mon fils, qui de douleur en soupiroit dans l'âme, i 325

Et qui se souvenoit de vos ordres, Madame,

Se jette au milieu d'eux, et méprise pour vous

Leurs ordres absolus qui nous arrêtoient tous4.

Il leur retient le bras, les repousse, les prie,

Et pour les séparer s'expose à leur furie ; 1 3 3o

1. La même pensée est dans Stace. Polynice crie à son frère :

O mihi nunc primum longo posi tempore J rater , Congredere.

{Thebaïde, livre XI, vers 3g4 et 3g5.)

2. Voltaire dans la Henriade (chant VI, vers 231 et 252) a fait son profit de ces deux vers, du premier surtout :

D'un bras déterminé, d'un œil brûlant de rage, Parmi ses ennemis chacun s'ouvre un passage.

Le second a trouvé place au chant VIII, vers 245 et 246 '■

Mais un destin funeste enflamme leur courage; Dans le cœur l'un de l'autre ils cherchent un passage.

Stace avait dit :

Ignescentia cernunt

Per galeas odia, et vulius rimantur acerbo Lumine.

{Thebaïde, livre XI, vers 523-527.) Et Rotrou :

Pareils à deux lions, et plus cruels encore, Du geste chacun d'eux l'un l'autre se dévore. Avant qu'en être aux mains, ils combattrnt des yeux , Et se lancent d'abord cent regards furieux.

(Antigone, acte III, scène 11.)

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