ACTE V, SCENE III
Et l'on diroit qu'encore il menace son frère. Son visage, où la mort a répandu ses traits, Demeure plus terrible et plus fier que jamais.
ANTIGONE
Fatale ambition, aveuglement funeste1! i38 5
D'un oracle cruel suite trop manifeste !
De tout le sang royal il ne reste que nous ;
Et plût aux Dieux, Gréon, qu'il ne restât que vous,
Et que mon désespoir, prévenant leur colère,
Eût suivi de plus près le trépas de ma mères ! 1390
Il est vrai que des Dieux le courroux embrasé Pour nous faire périr semble s'être épuisé; Car enfin sa rigueur, vous le voyez, Madame, Ne m'accable pas moins quelle afflige votre âme. En m'arracbant mes fils
ANTIGONE
Ah ! vous régnez, Gréon ; Et le trône aisément vous console d'Hémon . Mais laissez-moi, de grâce, un peu de solitude, Et ne contraignez point ma triste inquiétude. Aussi bien mes chagrins passeroient jusqu'à vous; Vous trouverez* ailleurs des entretiens plus doux. 1400 Le trône vous attend, le peuple vous appelle; Goûtez tout le plaisir4 d'une grandeur nouvelle. Adieu : nous ne faisons tous deux que nous gêner.
1. Maudite ambition, abominable peste, Monstre altéré de sang , que ton fruit est funeste !
(Rotrou, Antigone, acte I, scène ui.)