‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 24 sur 311 · Belp/tégor,k Mlle de Chammela · texte numérisé non relu

Belp/tégor,k Mlle de Chammela

La beauté de la Champmeslé parait avoir été beaucoup moins parfaite que son talent. « Elle est laide de près, dit Mme de Sévigné; mais quand elle dit des vers, elle est adorable1. » Laide, c'est peut-être difficile à croire, lorsqu'on lui voit tant d'adorateurs. On se contente de dire dans V Histoire dtt. Titéâlre francois- que « sa peau n'étoit pas blancbe, et qu'elle avoit le» yeux extrêmement petits et ronds; » mais on ajoute que l'ensemble des traits de son visage ne laissait pas de plaire, et qu'elle était « d'une taille avantageuse, bien prise et noble. » Une de se» plus grandes séductions était le son touchant de sa voix. Ce que la Fontaine en dit dans ses vers est d'accord avec ce passage d'un petit livre imprimé en 1680, sous le titre (V Entretiens galans : a. Elle sait conduire sa voix avec beaucoup d'art, et elle y donne à propos des inflexions si naturelles qu'il semble qu'elle ait vraiment dans le cœur une passion qui n'est que dans sa bouche3. »

On lui a beaucoup refusé l'esprit. Louis Racine a dit qu'elle en avoit si peu qu'il falloit lui faire entendre les vers qu'elle avoit à dire. » Les frères Parfait, qui engagèrent avec lui une discussion au sujet de la Champmeslé, ne le contredirent guère sur ce point4. Des anecdotes ont couru où l'on veut lui faire jouer le personnage dune sotte. Il en est une que Lemazurier raconte dans sa Galerie historique des acteurs : « La Champmeslé demandoit à Racine d'où il avoit tiré Athalie. — De l'Ancien Testament, répondit-il. — De l'Ancien Testament! répliqua l'actrice; eh mais! n'avois-je pas ouï dire qu'il y en avoit un nouveau5? » C'est un conte fait à plaisir. Au temps d' Athalie, Racine n'a jamais dû se rencontrer avec la Champmeslé. Au surplus, naïve ignorance serait autre chose que bêtise.. En vérité, nous aurions peine à croire à un manque absolu d'esprit chez une si excellente interprète de ces chefs-

1. Lettre à Mme de Grignan, 1 5 janvier 1672, tome II, p. 469.

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