Tome XIV, p. 5a
3. Entretiens palans (à Paris, chez Barbin, 1680, a vol. in-12), tome II, p. 90.
4. Préface du tome XIV de VHistoirc du Théâtre francois, p. v.
5. Galerie historique dis acteurs du théâtre français, depuis 1600 jusqu'à nos jours, par P. D. Lemazurier Paris, Chaumerot, M.DCCCX, 3 vol. in-8°), tome II, p. 70 et 71
d'oeuvre, que jamais, ce nous semble, on ne rendra bien, sans avoir au moins de leurs beautés comme un instinct supérieur. Et puis qu'on lise les billets de la Fontaine à la Champmeslé : écrit-on ainsi à quelqu'un qui ne peut vous comprendre? Quant aux lettres qu'elle-même écrivait, nous ignorons ce qu'elles pouvaient être, quoi qu'en ait dit M. Walckenaer. A l'entendre, Cliarles de Sévigné en aurait reçu d'elle, qui surprirent sa mère « par cette chaleureuse et naturelle éloquence que la passion inspire aux plumes les plus inhabiles1. » Mais c'est là une distraction. Voici le passage de Mme de Sévigne auquel M. Walckenaer a voulu faire allusion : « Il me montra des lettres qu'il a retirées de cette comédienne; je n'en ai jamais vu de si chaudes ni de si passionnées : il pleuroit, il mouroit. Il croit tout cela quand il écrit2. » Manifestement ces lettres brûlantes sont celles, non de la Champmeslé, mais de Charles de Sevigné. On n'en saurait donc rien conclure, si ce n'est peut-être qu'un homme de tant d'esprit ne se serait pas à ce point mis en frais pour une idole sans intelligence.
Nous avons cru pouvoir faire remonter au temps de Bérénice les commencements de la passion de Racine. Dans la critique de cette tragédie, que l'abbé de Villars écrivit en novembre 1670, il prétend, contre toute vraisemblance, que le personnage d'Antiochus « ne fut introduit que pour donner un rôle ennuyeux et vide au mari de la Champmeslé. » Cette insinuation ridicule peut du moins servir à prouver que Racine, à cette date, passait déjà pour aimer la Champmeslé. C'est aussi de l'année 1670 que, dans le Chansonnier Maurepas, on date un Alléluia dont le dernier couplet, et la note qui l'explique, nous apprennent que Champmeslé, sur le point d'être chasse de l'Hôtel de Bourgogne, s'y maintint par le crédit de Racine, amoureux de sa femme3 ;
Champmeslé, cet heureux mortel, Ne quittera jamais l'Hôtel :
Sa femme a pris Racine là .
Alléluia.
1 . Mémoires sur Mme de Sévigné, tome IV, p. 116. 1 Lettre à Mme de Grienan, 17 avril 1671, tome II, p. 174- 3. Recueil (manuscrit) de chansons, vaudevilles , etc., satiriques et J. Raciae. 1 H
Racine eut dans cet amour bien des concurrents, et qui ne furent pas plus malheureux que lui. Ce fut dès les premiers temps qu'il dut s y habituer; car les lettres où Mme de Sévigné raconte les aventures de son fils avec celle qu'elle appelait la petite Chimène, ou la petite merveille, ou même sa belle-fille, sont des mois de mars et avril 1671. Lorsque Ninon voulut se faire livrer les billets écrits par Charles de Sévigné à la Champmeslé, son dessein était de se venger en les envoyant, à qui ? à Racine? Nullement; car elle voulait faire donner à sa rivale « quelques petits coups de baudrier1; » ce qui sent le porteur d'epée. Il s'agissait peut-être de Charles-Amédée de Broglie, comte de Revel , à qui Boileau écrivait beaucoup plus tard 2 : « Trouvez bon que je vous parle encore aujourd'hui sur ce ton familier auquel vous m'aviez autrefois accoutumé chez la fameuse Champmeslé. Vous étiez alors assez épris d'elle, et je doute que vous en fussiez rigoureusement traité. »
On se fait naturellement du cœur de Racine une telle idée qu'on ne pourrait comprendre comment il l'eût mis tout entier dans une pareille liaison, même en se sachant préféré. Il put bien y avoir de sa part, dans cette galanterie, une grande vivacité de passion, mais non un attachement sérieux. Tout ce que nous savons de ce temps de folie a un caractère de légèreté fort joyeuse: «Il y a, dit Mme de Sévigné, une petite comédienne, et les Despréaux et les Racine avec elle : ce sont des soupers délicieux, c'est-à-dire des diableries3. » Boileau, se souvenant de ces soupers, dont Racine paraît avoir été le véritable amphitryon, lui écrivait au temps de leurs sages an-
lùstoriuues , troisième volume, fol. 3-7-3-9. — Nous n'affirmons pas que les dates données aux chansons dans ce recueil soient toujours certaines. Cet Alléluia, par exemple, pourrait bien être de l'hiver de i(iji-ifi-u ; car il y est question de l'amour du comte de Saint-Paul pour Mme de Brissac, sur lequel on peut voir la lettre de Mme de Sévigné à Mme de Grignan, du i3 janvier 1672. tome II, p. 467.
1. Lettre de Mme de Sévigné à Mme de Grignan, 22 avril 1671 , tome II, p. 176.