PREMIÈRE PRÉFACE. S
Cléophile*. C'est assez pour moi que ce qui passe pour une faute auprès de ces esprits qui n'ont lu l'histoire que dans les romans, et qui croient qu'un héros ne doit jamais faire un pas sans la permission de sa maîtresse, a reçu des louanges de ceux qui étant euxmêmes de grands héros, ont droit de juger de la vertu de leurs pareils. Enfin la plus importante objection que l'on me fasse, c'est que mon sujet est trop simple et trop stérile 2. Je ne représente point à ces critiques le goût de l'antiquité. Je vois bien qu'ils le connoissent médiocrement8. Mais de quoi se plaignent-ils, si toutes mes scènes sont bien remplies , si elles sont liées nécessairement4 les unes avec les autres, si tous mes acteurs ne viennent point sur le théâtre , que l'on ne sache la raison qui les y fait venir, et si, avec peu d'incidents et peu de matière , j'ai été assez, heureux pour faire une pièce qui les a peut-être attachés malgré eux , depuis le commencement jusqu'à la fin ? Mais ce qui me console , c'est de voir mes censeurs s'accorder si mal ensemble. Les uns disent que Taxile n'est pas assez honnête homme; les autres, qu'il ne mérite point sa perte. Les uns soutiennent qu'Alexandre n'est pas assez amoureux ; les autres me reprochent 6 qu'il ne vient sur le théâtre que
1. Pour l'orthographe de ce nom, voyez ci-après la note 3 de la page 52a, et la note 3 de la page 524.
2. L'édition de 1768 (Luneau de Boisjermain) , et, à son exemple, les éditions de 1807 et de 1808, ainsi que celle de M. Aimé-Martin, ont retranché tout le long passage qui précède, depuis ces mots : « Ce n'est pas, comme j'ai déjà dit» (p. 517), jusqu'à ceux-ci : « trop simple et trop stérile, a