‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 249 sur 311 · SECONDE PRÉFACE · texte numérisé non relu

SECONDE PRÉFACE

Il n'y a guère de tragédie où l'histoire soit plus fidèlement suivie que dans celle-ci. Le sujet en est tiré de plusieurs auteurs, mais surtout du huitième livre de Quinte- Curse. C'est là qu'on peut voir tout ce qu'Alexandre fit lorsqu'il entra dans les Indes, les ambassades qu'il envoya aux rois de ce pays-là, les différentes réceptions qu'ils firent à ses envoyés, l'alliance que Taxile fit avec lui, la fierté avec laquelle Porus refusa les conditions qu'on lui présentoit, l'inimitié qui étoit entre Porus et Taxile, et enfin la victoire qu'Alexandre remporta sur Porus, la réponse généreuse que ce brave Indien fit au vainqueur, qui lui demandoit comment il vouloit qu'on le traitât, et la générosité avec laquelle Alexandre lui rendit tous ses Etats, et en ajouta2 beaucoup d'autres.

Cette action d'Alexandre a passé pour une des plus belles que ce prince ait faites en sa vie, et le danger que Porus lui fit courir dans la bataille lui parut le plus grand où il se fût jamais trouvé. Il le confessa lui-même, en disant qu'il avoit trouvé enfin un péril digne de son courage. Et ce fut en cette même occasion qu'il s'écria : « O Athéniens, combien de travaux j'endure pour me faire louer de vous ! » J'ai tâché de représenter en Porus un ennemi digne d'Alexandre, et je puis dire que son caractère a plu extrêmement sur notre théâtre, jusque-là que des personnes m'ont reproché que je faisois ce prince plus grand

1. Cette seconde préface a paru pour la première fois dans l'édition collective de 1676.

s. Var. (édit. de 1*^76 et de 1681 : et y en ajouta

5aa ALEXANDRE LE GRAND.

qu'Alexandre. Mais ces personnes ne considèrent pas que dans la bataille et dans la victoire Alexandre est en effet plus grand que Porus1 ; qu'il n'y a pas un vers dans la tragédie qui ne soit à la louange d'Alexandre , que les invectives même de Porus et d'Axiaue sont autant d'éloges de la valeur de ce conquérant. Porus a peut-être quelque chose qui intéresse davantage , parce qu'il est dans le malheur; car, comme dit Sénèque : « Nous sommes de telle nature, qu'il n'y a rien au monde qui se fasse tant admirer qu'un homme qui sait être malheureux avec courage. » lia affecti sumus, ut nihil seque magnant apud nos admirationem occupet , quam ko/no fortiter miser1 .

Les amours d'Alexandre et de Cléofile ne sont pas de mon invention : Justin en parle, aussi bien que Quinte- Curse. Ces deux historiens rapportent qu'une reine dans les Indes, nommée Cléofile*, se rendit à ce prince avec la ville ou il la tenoit assiégée, et qu'il la rétablit dans son royaume, en considération de sa beauté. Elle en eut un fils, et elle l'appela Alexandre. Voici les paroles de Justin : Begna Cleo fidis* reginas petit , quœ, eum se dedisset ei, 6 regnum ab Alexandre recepit, illecebris consecuta quod

i . Var. (édit. de 1681) : Alexandre se montre plus grand quePorus. a. Sénèque, Coiuolatio ad Helviam, chapitre xiii.

3 . Var. (édit. de 1681 ) : Cléofide ou Cléofile. — Justin donne à cette reine le nom de Cleopliis ^livre XII, chapitre ni), et Quinte-Curce (livre VIII, chapitre x) celui de Cléopkès. Ce dernier raconte, au même endroit, le siège de sa ville de Mazages , où Alexandre fut hlessé. Cléophès, lorsqu'il fut devenu impossihle de prolonger la résistance, implora la clémence du roi vainqueur : « Ipsa , genibus régis parvo 0 filio admoto, non veniam modo, sed etiam pristinx fortunae impe- « travit decus : quippe appellata regina est; et credidere quidam plus « formai quam miserationi datum. Puero quoque, certe postea ex ea « utcumque genito, Alexandre fuit nomen. »

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