‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 276 sur 311 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AXIANE, CLÉOFILE.

AXIANE

Quoi? Madame, en ces lieux on me tient enfermée?

Je ne puis au combat voir marcher mon armée?

Et commençant par moi sa noire trahison*,

Taxile de son camp me fait une prison? 680

C'est donc là cette ardeur qu'il me faisoit paraître?

Cet humble adorateur se déclare mon maître !

Et déjà son amour, lassé de ma rigueur,

Captive ma personne au défaut de mon cœur !

CLÉOFILE.

Expliquez mieux les soins et les justes alarmes 68 5

D'un roi qui pour vainqueur ne connoît que vos charmes2;

Et regardez, Madame, avec plus de bonté

L'ardeur qui 1 intéresse à votre sûreté.

Tandis qu'autour de nous deux puissantes armées,

D'une égale chaleur au combat animées3, 690

De leur fureur partout font voler les éclats,

De quel autre côté conduiriez- vous vos pas?

Où pourriez- vous ailleurs éviter la tempête ?

Un plein calme en ces lieux assure votre tête :

Tout est tranquille. . . .

1. Var. Et commençant sur moi sa noire trahison. (r666 et 72)

2. Far. D'un roi qui pour vainqueurs neconnoitque vos charmes. (1666-76)

3. Far. D'une égale fierté l'une et l'autre animées. (1666-76)

AXIANE

Et c'est cette tranquillité e>g&

Dont je ne puis souffrir l'indigne sûreté. Quoi? lorsque mes sujets, mourant dans une plaine, Sur les pas de Porus combattent pour leur reine, Qu'au prix de tout leur sang ils signalent leur foi, Que le cri des mourants vient presque jusqu'à moi, 700 On me parle de paix ? et le camp de Taxile Garde dans ce désordre une assiette tranquille? On flatte ma douleur d'un calme injurieux ! Sur des objets de joie on arrête mes veux !

CLEOFILE.

Madame, voulez-vous que l'amour de mon frère 70 5 Abandonne aux périls une tête si chère? Il sait trop les hasards....

AXIANE

Et pour m'en détourner Ce généreux amant me fait emprisonner ! Et tandis que pour moi son rival se hasarde, Sa paisible valeur me sert ici de garde1 ! 710

1. Var. [Sa paisible valeur me sert ici de garde !1 Ah! Madame, s'il m'aime, il le témoigne mal. Ses lâches soins ne font qu'avancer son rival. Il devoit dans un champ, plein d'une noble envie, Lui disputer mon cœur et le soin de ma vie, Balancer mon estime, et comme lui courir Bien moins pour me sauver que pour nie conquérir. cléof. D'un refus si honteux il craint peu les reproches Il n'a point du combat évité les approches; Il en eût partagé la gloire et le danger; Mais Porus avec lui ne veut rien partager : Il auroit cru trahir son illustre colère, Que d'attendre un moment le secours de mon frère. axiale. Un si lent défenseur, quel que soit son amour. Se seroit fait, Madame, attendre plus d'un jour. Non, non, vous jouissez d'une pleine assurance : Votre amant, votre frère étoient d'intelligence. Le lâche, qui dans l'âme étoit déjà rendu.

Page 1