ACTE III, SCENE VI
Ce grand nom de vainqueur n'est plus ee qu'il souhaite;
11 vient avec plaisir avouer sa défaite :
Heureux si votre cœur se laissant émouvoir.
Vos beaux yeux à leur tour avouoient leur pouvoir! 900
Voulez-vous donc toujours douter de leur victoire1?
Toujours de mes exploits me reprocher la gloire,
Comme si les beaux nœuds où vous me tenez pris
Ne dévoient arrêter que de foibles esprits?
Par des faits tout nouveaux je m'en vais vous apprendre
Tout ce que peut l'amour sur le cœur d'Alexandre.
Maintenant que mon bras, engagé sous vos lois,
Doit soutenir mon nom et le vôtre à la fois,
J'irai rendre fameux, par l'éclat de la guerre,
Des peuples inconnus au reste de la terre, 9 1 o
Et vous faire dresser des autels en des lieux
Où leurs sauvages mains en refusent aux Dieux.
CLÉOFILE.
Oui, vous y traînerez la victoire captive;
Mais je doute, Seigneur, que l'amour vous y suive.
Tant d'Etats, tant de mers qui vont nous désunir 9 1 5
M'effaceront bientôt de votre souvenir.
Quand l'Océan troublé vous verra sur son onde
Achever quelque jour la conquête du monde;
Quand vous verrez les rois tomber à vus genoux,
Et la terre en tremblant se taire devant vous 2, 920
Songerez-vous, Seigneur, qu'une jeune princesse,
Au fond de ses Etats vous regrette sans cesse,
Et rappelle en son cœur les moments bienheureux
Où ce grand conquérant l'assuroit de ses feux?
1. Var. Veulent-ils donc toujours douter de leur victoire ? (1666 et 72)
1. u Siluit terra in consyectu ejus. Ces, l'expression de l'Ecriture sainte sur
Alexandre. >> (Louis Racine, Remarques } tome I, p. 100.) Elle est dans le