‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 288 sur 311 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

AXIANE, seule.

N'entendrons-nous jamais que des cris de victoire

Qui de mes ennemis me reprochent la gloire?

Et ne pourrai-je au moins, en de si grands malheurs,

M'entretenir moi seule avecque1 mes douleurs? 960

D'un odieux amant sans cesse poursuivie,

On prétend malgré moi m' attacher à la vie :

On m'observe, on me suit. Mais, Porus, ne crois pas

Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas.

Sans doute à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre. yf>5

En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre :

On te découvrirait au bruit de tes efforts;

Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les morts.

Hélas ! en me quittant, ton ardeur redoublée

Sembloit prévoir les maux dont je suis accablée, 970

Lorsque tes yeux, aux miens découvrant ta langueur,

Me demandoient quel rang tu tenois dans mon cœur;

Que sans t'inquiéter du succès de tes armes,

Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes.

Et pourquoi te cachois-je avec tant de détours 975

Un secret si fatal au repos de tes jours?

Combien de fois, tes yeux forçant ma résistance,

1. « Avecque, de trois syllabes, n'est plus que dans ce seul endroit de Racine; car il l'a corrigé partout ailleurs où ses premières éditions nous apprennent qu'il l'avait employé. » {D'Olivel.)

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