SCÈNE PREMIERE
AXIANE, seule.
N'entendrons-nous jamais que des cris de victoire
Qui de mes ennemis me reprochent la gloire?
Et ne pourrai-je au moins, en de si grands malheurs,
M'entretenir moi seule avecque1 mes douleurs? 960
D'un odieux amant sans cesse poursuivie,
On prétend malgré moi m' attacher à la vie :
On m'observe, on me suit. Mais, Porus, ne crois pas
Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas.
Sans doute à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre. yf>5
En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre :
On te découvrirait au bruit de tes efforts;
Et s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les morts.
Hélas ! en me quittant, ton ardeur redoublée
Sembloit prévoir les maux dont je suis accablée, 970
Lorsque tes yeux, aux miens découvrant ta langueur,
Me demandoient quel rang tu tenois dans mon cœur;
Que sans t'inquiéter du succès de tes armes,
Le soin de ton amour te causoit tant d'alarmes.
Et pourquoi te cachois-je avec tant de détours 975
Un secret si fatal au repos de tes jours?
Combien de fois, tes yeux forçant ma résistance,
1. « Avecque, de trois syllabes, n'est plus que dans ce seul endroit de Racine; car il l'a corrigé partout ailleurs où ses premières éditions nous apprennent qu'il l'avait employé. » {D'Olivel.)