ACTE IV, SCÈNE I. 56g
Mou cœur s'est-il vu prêt1 île rompre le sileuce !
Combien de fois, sensible à tes ardents désirs,
M'est-il en ta présence échappé des soupirs ! 980
Mais je voulois encor douter de ta victoire ;
J'expliquois mes soupirs en faveur de la gloire :
Je croyois n'aimer quelle. Ali! pardonne, gTand Roi,
Je sens bien aujourd'hui que je n'aimois que toi.
J'avoîirai que la gloire eut sur moi quelque empire : 985
Je te l'ai dit cent fois; mais je devois te dire
Que toi seul en effet m'engageas sous ses lois.
J'appris à la connoître en voyant tes exploits ;
Et de quelque beau feu qu'elle m'eût enflammée,
En un autre que toi je laurois moins aimée. 990
Mais que sert de pousser des soupirs superflus,
Qui se perdent en l'air, et que tu n'entends plus ?
Il est temps que mon âme, au tombeau descendue,
Te jure une amitié si longtemps attendue;
Il est temps que mon cœur, pour gage de sa foi, 995
Montre qu'il n'a pu vivre un moment après toi.
Aussi bien penses-tu que je voulusse vivre
Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre ?
Je sais qu'il se dispose à me venir parler,
Qu'en me rendant mon sceptre il veut me consoler, tooo
Il croit peut-être, il croit que ma haine étouffée
A sa fausse douceur servira de trophée.
Qu'il vienne : il me verra, toujours digne de toi,
Mourir en reine, ainsi que tu mourus en roi.
i. Toutes les anciennes éditions ont : prêt de comparez plus haut, vers 359). et non : pi es de, comme écrivent plusieurs éditions modernes.
57o ALEXANDRE LE GRAND.