ACTE IV, SCÈNE II
Je me laissai conduire au bruit de ses combats,
Et qu'au seul nom d'un roi jusqu'alors invincible, 1025
A de nouveaux exploits mon cœur devint sensible.
Tandis que je croyois, par mes combats divers,
Attacher sur moi seul les yeux de l'univers,
J'ai vu de ce guerrier la valeur répandue
Tenir la Renommée entre nous suspendue; 1 o3o
Et voyant de son bras voler partout l' effroi ,
L'Inde sembla m'ouvrir un champ digne de moi1 .
Lassé de voir des rois vaincus sans résistance,
J'appris avec plaisir le bruit2 de sa vaillance.
Un ennemi si noble a su m'encourager; io3 5
Je suis venu chercher la gloire et le danger.
Son courage, Madame, a passé mon attente.
La victoire, à me suivre autrefois si constante,
M'a presque abandonné pour suivre vos guerriers.
Porus m'a disputé jusqu'aux moindres lauriers. 1040
Et j ose dire encor qu'en perdant la victoire,
Mon ennemi lui-même a vu croître sa gloire,
Qu'une chute si belle élève sa vertu,
Et qu'il ne voudroit pas n'avoir point combattu *.
1. « Tandem par animo meo periculum video, » s'écrie Alexandre, dans Quinte-Curce, quand il voit en face de lui Porus et ses Indiens. (LivTe VIII, chapitre xiv.)