‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 293 sur 311 · ACTE IV, SCÈNE II. r · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. r

J'ai voulu prévenir la perte de vos princes ; 1070

Mais s'ils avoient suivi mes conseils et mes vœux, Je les aurois sauvés ou combattus tous deux. Oui, croyez

AXIANE

Je crois tout. Je vous crois invincible1. Mais, Seigneur, suffit-il que tout vous soit possible? Ne tient-il qu'à jeter tant de rois dans les fers, 1075

Qu'à faire impunément gémir tout l'univers? Et que vous avoient fait tant de villes captives, Tant de morts dont l'Hydaspe a vu couvrir ses rives? Qu'ai-je fait, pour venir accabler en ces lieux Un héros sur qui seul j'ai pu tourner les yeux? 1080

A-t-il de votre Grèce inondé les frontières? Avons-nous soulevé des nations entières, Et contre votre gloire excité leur courroux? Hélas ! nous l'admirions sans en être jaloux. Contents de nos Etats, et charmés l'un de l'autre, 1 o 85 Nous attendions un sort plus heureux que le vôtre. Porus bornoit ses vœux à conquérir un cœur Qui peut-être aujourd'hui l'eût nommé son vainqueur. Ah ! n'eussiez-vous versé qu'un sang si magnanime, Quand on ne vous pourroit reprocher que ce crime, io<(o Ne vous sentez-vous pas, Seigneur, bien malheureux D'être venu si loin rompre de si beaux nœuds? Non, de quelque douceur que se flatte votre âme, Vous n'êtes qu'un tyran.

ALEXANDRE

Je le vois bien, Madame, Vous voulez que saisi d'un indigne courroux, 109 5

l. Dans les deux première'- éditions (ifififi ri 1^7^.) cette (in .le vcis r>' écrite ainsi : a Je croy tout, le vous crois invincible. •> Si l'une îles deux ma nières d'écrire paraissait alors une licence de versification, c'était la seconde.

En reproches honteux j'éclate contre vous1. Peut-être espérez-vous que ma douceur lassée Donnera quelque atteinte à sa gloire passée; Mais quand votre vertu ne m'auroit point charmé, Vous attaquez, Madame, un vainqueur désarmé. imo Mon âme, malgré vous à vous plaindre engagée, Respecte le malheur où vous êtes plongée. C'est ce trouble fatal qui vous ferme les yeux, Qui ne regarde en moi qu'un tyran odieux. Sans lui vous avoùriez que le sang et les larmes uo5 N'ont pas toujours souillé la gloire de mes armes : Vous verriez

ÀXI.VNE.

Ah ! Seigneur, puis-je ne les point voir, Ces vertus dont l'éclat aigrit mon désespoir? N'ai-je pas vu partout la victoire modeste Perdre avec vous l'orgueil qui la rend si funeste? mo Ne vois-je pas le Scythe et le Perse abattus Se plaire sous le joug et vanter vos vertus, Et disputer enfin, par une aveugle envie, A vos propres sujets le soin de votre vie? Mais que sert à ce cœur que vous persécutez m5

De voir partout ailleurs adorer vos bontés? Pensez-vous que ma haine en soit moins violente, Pour voir baiser partout la main qui me tourmente? Tant de rois par vos soins vengés ou secourus, Tant de peuples contents me rendent-ils Porus? mo Non, Seigneur: je vous liais d'autantplus qu'on vous aime2,

i. Voltaire, dans Zaïre (acte IV, scène u), a emprunté ce vers à Racine :

Vous ne m'entendrez point, amant faible et jaloux, En reproches honteux éclater contre vous.

■2. Luneau de Boisjermain a signalé dans Sertorius des vers de Corneille que rappellent ceux de Racine. C'est Pompée qui parle ainsi à Sertorius :

Et votre empire en est d'autant plus dangereux,

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